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Samedi 15 Décembre 2018

- Publié le 13/04/2015 à 15:00


Le lavement, une nouvelle tendance sans danger?




L'irrigation du côlon, sorte de version moderne du lavement, séduit un nombre croissant de personnes soucieuses d'hygiène ou souffrant de troubles fonctionnels. Mais cette technique est-elle sans danger pour la santé ?

Il est gravé dans l'imaginaire collectif par Molière et son Malade imaginaire. Tombé en désuétude au XIXe siècle, le lavement, pratique courante à visée hygiénique en Europe au XVIIe siècle, connaît aujourd'hui un regain d'intérêt. Et si son usage demeure encore confidentiel en France, il est plus largement pratiquée en Suisse et en Allemagne.

Inchangée dans son principe, l'hydrothérapie ou irrigation du côlon consiste à introduire de l'eau ou tout autre liquide par l'anus dans le rectum, puis dans la première partie du côlon, pour nettoyer le gros intestin. L'eau est délicatement injectée à l'aide d'un tuyau relié à une poche (lavement mécanique) ou à un appareil conçu pour maîtriser le débit, la température et la quantité d'eau (hydrothérapie). Maintenu à l'intérieur de l'intestin, le liquide déloge ce qui s'y trouve (selles, mucus, cellules mortes...) avant que l'eau ne ressorte, entraînant les déchets avec elle.

Pour Marie-Françoise Dippe-Gross, infirmière et formatrice à l'irrigation du côlon qui pratique la technique depuis 25 ans en France, cette technique est avant tout une mesure d'hygiène. «Le colon est comme n'importe quelle peau: quand elle est sale, on la lave. L'hydrothérapie permet donc d'enlever le mucus, les cellules mortes. Certaines personnes le pratiquent par mesure d'hygiène, d'autres, souffrant de troubles fonctionnels (ballonnements, acidité ou spasmes) et jamais lésionnels (une contre-indication majeure) voient leurs symptômes soulagés», résume l'infirmière qui reconnaît que la pratique, controversée en France, souffre de l'image qu'en donne certains praticiens qui détournent son usage en y associant des bienfaits fantaisistes.

Intérêt discutable

Certains des adeptes de l'hydrothérapie du côlon s'appuient sur la thèse de l'auto-intoxication. D'après cette théorie, le corps pourrait s'empoisonner lui-même en réabsorbant les toxines accumulées dans le gros intestin. L'hydrothérapie permettrait donc de détoxiner le système digestif. «Une théorie qui ne repose sur aucun élément objectif», estime le Pr Jean-Christophe Saurin, gastroentérologue au CHU de Lyon, qui se veut néanmoins rassurant. «Si leur intérêt thérapeutique ou hygiénique est discutable, les lavements par voie haute ou l'irrigation du côlon ne sont pas très dangereux, à condition qu'ils soient effectués avec un liquide adapté! Il faut veiller à ce que sa composition soit neutre d'un point de vue osmotique (équilibré en ions). Dans le cas contraire, l'eau du corps risque de converger vers les intestins afin de maintenir l'équilibre osmotique, ce qui peut provoquer une déshydratation potentiellement grave chez une personne fragile, âgée ou ayant des problèmes cardiaques».

Enfin le Dr Jérôme Loriau, chirurgien digestif, rappelle que l'irrigation colique est utilisée à des fins médicales dans certains cas de constipation majeure ou d'incontinence anale chronique ; cette pratique n'a rien d'anodin et doit être pratiquée par des personnes formées et chevronnée, car les cas d'occlusion existent.

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