ACCUEIL | FLUX RSS
Vendredi 22 Mars 2019

RECHERCHE - Publié le 09/09/2016 à 15:41


La manipulation génétique des espèces s'active, la controverse aussi



Des techniques scientifiques capables d'éradiquer une espèce entière ou d'empêcher des moustiques de transmettre une maladie se multiplient, soulevant inquiétudes et questions éthiques sur les risques de changer la nature parfois de manière irréversible.

Ce secteur en développement ultra-rapide, qui consiste à bouleverser la biologie des êtres vivants en modifiant leur ADN, fait de plus en plus débat, sur ses promesses pour la santé humaine autant que sur ses conséquences sur la faune et la flore.

L'élément le plus controversé est sans doute le "forçage génétique", soit une modification de l'ADN transmissible entre générations. Ce qui a pour effet, à terme, d'altérer l'identité génétique d'une espèce entière.

Parmi les projets envisagés: l'introduction sur des îles de souris OGM ne produisant que des mâles, assurant ainsi l'extinction de ces rongeurs, ont indiqué des scientifiques au congrès de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), plus grande réunion des défenseurs de l'environnement qui se déroule du 1er au 10 septembre à Honolulu, à Hawaï.

Autre idée, pour sauver des oiseaux de l'archipel hawaïen menacés par le paludisme aviaire: libérer des moustiques ne pouvant être porteurs de cette maladie.

Le moustique Oxitec, développé par Intrexon, n'est pas un forçage génétique mais il a pour effet de réduire la population de ces insectes. Les mâles ont en effet été modifiés pour que leur progéniture n'atteigne pas l'âge adulte.

- Moins de pesticides -

Les partisans de la modification génétique transmissible --également appelée système d'entraînement des gènes-- mettent en avant le fait qu'elle permettrait de se passer de pesticides polluants, et qu'elle fournirait le meilleur moyen de lutter contre les espèces invasives.

Mais ses pourfendeurs en craignent les conséquences et l'impact probablement irréversible sur les créatures et les écosystèmes.

Kevin Esvelt, professeur assistant au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), fait partie des premiers scientifiques à proposer d'utiliser l'édition génétique, ou CRISPR, pour modifier des espèces. Mais il est aussi l'un des plus prudents au sujet de son utilisation.

"En tant que scientifique ayant travaillé dessus, je suis particulièrement préoccupé parce que nous, les scientifiques, sommes au bout du compte moralement responsables de toutes les conséquences de notre travail", a-t-il affirmé lors d'une table-ronde à l'UICN.

"Il devrait être interdit à quiconque de fabriquer en laboratoire un gène transmissible ou une quelconque technologie visant à altérer l'environnement commun sans avoir préalablement et publiquement fait part de son projet", a-t-il préconisé. "Si quelque chose tourne mal dans le laboratoire, cela peut affecter les gens à l'extérieur du laboratoire".

Il a déploré le fait que les populations "n'ont pas la possibilité de s'exprimer sur une décision qui peut avoir un effet sur elles", et que la réglementation actuelle "n'est vraiment pas assez stricte".

A ses côtés, d'autres intervenants ont plaidé pour une action rapide lorsqu'il s'agit de sauver des espèces en péril.

"L'une des choses les plus effrayantes à travailler dans la préservation à Hawaï est qu'il n'y a pas de solution pour sauver ces oiseaux de la malaria", a confié Chris Farmer, directeur du programme American Bird Conservancy de Hawaï.

Trente-huit espèces d'oiseaux forestiers de l'archipel américain ont disparu, en grande partie à cause de la malaria aviaire, et 21 des 32 espèces restantes sont menacées, selon les experts.

En n'explorant pas ces nouvelles technologies, "nous choisissons de laisser ces espèces s'éteindre", a prévenu M. Farmer.

- Gènes génocidaires -

Pour Floyd Reed, un scientifique de l'université de Hawaï travaillant sur un projet pour modifier le moustique Culex véhiculant la malaria aviaire, le forçage génétique peut avoir plusieurs visages.

Certains pouvant en théorie changer l'ADN d'une espèce entière à partir de quelques individus "devraient être considérés avec une prudence extrême".

"Et il y a d'autres sortes de modifications génétiques de populations qui sont plus sûres, géographiquement limitées par elles-mêmes et réversibles", a-t-il assuré.

Les membres de l'UICN ont adopté une disposition visant "à ne pas soutenir ou promouvoir une étude scientifique, y compris des essais sur le terrain, portant sur le forçage génétique à des fins de conservation ou d'autres objectifs" jusqu'à la finalisation d'ici 2020 d'une évaluation rapide.

Mais cette disposition est non-contraignante.

La primatologue Jane Goodall et des dizaines de protecteurs de l'environnement et de scientifiques ont signé cette semaine une lettre ouverte dans laquelle ils s'inquiètent de la modification génétique transmissible dans les domaines militaire, agricole et de la conservation.

Cette lettre appelle à l'arrêt de tous les projets en la matière "étant donné les dangers évidents de libérer des gènes irrémédiablement génocidaires dans la nature".

1 commentaire

    Laisser un commentaire

    • Maximum 250 caractères


    Antilles: être exposé aux brumes de sable augmente le risque de prématurité
    Une piste pour contourner la stérilité d'enfants traités par chimiothérapie
    Le dépistage du diabète de grossesse permet de sauver des vies
    Une forte consommation de boissons sucrées augmenterait le risque de décès précoce
    Vivre en haute altitude peut altérer la mémoire verbale et spatiale
    Le cannabis testé chez des malades de Parkinson à Marseille
    La rousseur couplée à la présence de nombreux grains de beauté indiquerait une propension au mélanome
    Un écran dans la chambre nuirait à la santé physique et mentale des enfants
    Alcool et grossesse, une nouvelle étude prône l'abstinence
    L'anticorps d'un survivant d'Ebola, clé d'un futur vaccin
     Publicité 
     LES PLUS RÉCENTS 
    Une tortue sacrée embaumée pour l'éternité au Vietnam
    Une fusée Vega met sur orbite un satellite d’observation de la Terre pour l’Italie
    Chili: faire pousser des légumes dans le désert le plus aride du monde
    Climat: les géants de l'énergie ont dépensé 1 milliard de dollars en lobbying depuis la COP21
    Le plastique menace toute vie aux Galapagos
     LES PLUS LUS 
    Beurk ou miam? La différence est plus dans la tête que dans l'assiette
    Microbiote: à la découverte de notre jardin intérieur
    Climat: Mars n'est pas un plan B pour l'humanité, met en garde une astronaute
    Froid dedans, plus chaud dehors: l'Inde dans le cercle vicieux des climatiseurs
    Cop24: Réduire le gaspillage et consommer moins de viande pour nourrir la terre en 2050 selon une étude
    Dans la violente Ciudad Juarez, réhydrater des cadavres pour les identifier
    Une technique de poterie millénaire remise au goût du jour contre le gaspillage de l'eau
    En Saône-et-Loire, une usine change les déchets en biogaz
    Qu'est-ce que tu veux pour Noël? Un test ADN!
    L'UE sans plastiques à usage unique en 2021
     Publicité 
     En image 
     Publicité 
    2011-2019 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.040 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.