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Mardi 22 Mai 2018

SEXO - Publié le 22/04/2017 à 16:23


La diversité méconnue du sexe féminin



        
Une meilleure connaissance de la diversité naturelle du sexe féminin améliore l’image de soi intime.

Prenez une bonne quarantaine de femmes bien dans leur corps et demandez-leur dans un questionnaire ce qu’elles pensent de leur anatomie la plus intime: apparence de leur vulve, fonctionnement, odeur intime, satisfaction et pensées positives liées à leur sexe, absence d’embarras à le dévoiler à un médecin et à un ou une partenaire*. La plupart s’en diront satisfaites, s’attribuant une note moyenne de 21/27. C’est le résultat d’un travail mené par le Dr Ellen Laan, psychologue et professeur associée de sexologie, avec ses collègues de l’université d’Amsterdam.

Mais l’étude publiée en ligne dans le Journal of Psychosomatic Obstetric & Gynecology (JPOG) le mois dernier ne s’arrête pas là. Le test a été reconduit avec 29 d’entre elles après qu’elles ont regardé le diaporama d’un échantillon d’une quarantaine de photographies de vulves naturelles (non opérées). Quatorze autres, formant un groupe témoin, ont regardé un diaporama d’images neutres (paysages, art, animaux, architecture). Si le groupe témoin n’a pas modifié son score au test, les chercheurs néerlandais ont en revanche eu la surprise de voir celui des femmes exposées aux images de sexes féminins s’améliorer d’un point et demi (22,6/27). Une amélioration persistant d’ailleurs lorsqu’elles durent refaire le test deux semaines plus tard.

Une femme sur sept se croit anormale

«C’est une contribution formidable au domaine de l’apparence génitale féminine, se réjouit Gemma Sharp, psychologue à l’université Flinders (Adélaïde, Australie), y voyant «des applications pratiques prometteuses». «Il faut néanmoins souligner que les femmes dans cette étude étaient d’emblée satisfaites de leur sexe et il serait maintenant important de déterminer si cela pourrait aider les femmes qui sont préoccupées depuis longtemps par l’aspect de leur vulve et envisagent une labiaplastie (opération de réduction des petites lèvres)», explique-t-elle au Figaro.

Selon une étude réalisée en 2009 auprès de 482 étudiantes hollandaises, 95% avaient déjà entendu parler de labiaplastie, 14% considéraient leur propre sexe «anormal» et 7% envisageaient une intervention chirurgicale. Une autre étude, américaine, menée en 2012 sur 352 femmes, concluait que 8% des 18-44 ans et 15% des 45-72% songeaient à une telle intervention.

Chacune sa vulve

Pourtant, personne n’avait une idée très claire de ce qu’était une vulve «normale» au sens statistique du terme avant qu’une étude anglaise, conduite par 4 femmes médecins, ne vienne aborder la question. Des chirurgiens avaient défini arbitrairement que des petites lèvres larges de plus de 4 cm (au plus large) étaient hypertrophiées. En 2008, deux chirurgiens, Davidson et West, affirmaient même qu’une hypertrophie était sévère à partir de 3 cm et modérée dès…1 cm!

L’étude anglaise, basée sur 50 volontaires, a suffi à montrer que la largeur variait naturellement entre 0,7 et 5 cm pour une moyenne d’environ 2,2 cm. La longueur était tout aussi variée, de 2 à 10 cm! L’asymétrie entre les deux petites lèvres est fréquente.

Pour cette équipe anglaise, la seule véritable indication chirurgicale légitime est l’asymétrie importante (de plus de 3 cm), qui est peu fréquente. En analysant les mensurations vulvaires de 33 femmes qui consultaient pour une labiaplastie, les médecins ont constaté que leurs mensurations se situaient autour de 2,5 cm de large et 2,8 cm de long, soit parfaitement dans les normes, et que seule trois d’entre elles avaient une asymétrie importante.

Marketing vulvaire

«Nous savons depuis longtemps que les demandes de labiaplastie sont assez subjectives et non objectives et la présente étude donne des arguments pour comprendre pourquoi», commente Petra De Sutter, professeur de gynécologie à l’université de Gand (Belgique). Du magazine Playboy, qui retouche systématiquement les petites lèvres qui dépassent, au marketing des chirurgiens esthétiques, affirmant faussement qu’une vulve parfaite et jeune est une vulve lisse, en passant par les médias qui répercutent l’idée d’un idéal vulvaire, tout concourt à faire douter les femmes de leur normalité.

En 2009, Virginia Braun, professeur associé de psychologie à l’université d’Auckland, dénonçait le marketing de «la vulve parfaite». «Ce nouveau travail renforce l’idée que l’information sur la diversité de l’apparence génitale est importante pour les femmes (pour tous!), explique-t-elle au Figaro. Comprendre ce qui est «normal» peut améliorer l’image de soi génital». Le Pr Braun insiste «sur la nécessité d’une éducation sexuelle, à la fois parentale et formelle, qui commence dès l’enfance par une promotion positive du corps et de sa diversité», et met en garde contre une vision simpliste qui ferait l’impasse sur la souffrance psychologique de certaines femmes. «La narration sociale sur ce à quoi ressemble une vulve idéale et désirable (et même «normale») est envahissante et beaucoup de jeunes femmes (et plus âgées) vivent une insécurité génitale et une anxiété».

L’interdiction de cette chirurgie n’est sans doute pas souhaitable même si les vrais gênes physiques sont largement surestimées, comme le montrent les entretiens individuels avec les demandeuses de labiaplastie. Il serait toutefois souhaitable que les femmes soient mieux informées de la réalité des vulves existantes: dans l’étude néerlandaise, une femme sur trois n’avait jamais vu d’autres vulves que la leur. Il faudrait enfin qu’elles connaissent le rôle des lèvres dans l’excitation via l’engorgement sanguin. Même si elles ne contiennent pas de tissus érectiles, il existe des risques d’altération de la sensibilité consécutive à la labiaplastie.

* Questionnaire «female genital self image scale»

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