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Mardi 22 Mai 2018

SEXO - Publié le 22/04/2017 à 16:25


Un pénis en titane à mémoire de forme



        
Des chercheurs ont mis au point une nouvelle prothèse de pénis à mémoire de forme. Une approche originale pour un marché en croissance, dominé par des dispositifs semi-rigides et des prothèses gonflables.

Cinq cents grammes. C’est la pression axiale minimum à laquelle un pénis doit résister sans se courber pour que soient possibles la pénétration vaginale et les mouvements de va-et-vient. Mais «les forces de résistance» du vagin peuvent, notamment selon sa lubrification et sa taille, varier entre 500 grammes et 1,5 kg. Des pressions auxquelles les pénis en «bonne santé» résistent sans problème.

Les fabricants de prothèses de pénis (PP), destinés à rendre l’érection à des hommes qui n’en étaient plus capables, utilisent donc des appareils de mesure sophistiqués pour s’assurer que leurs dispositifs résistent au moins à 1,5 kg de résistance. Les prothèses n’empêchent pas les sensations et le plaisir, voir l’éjaculation si le patient a toujours sa prostate et ses vésicules séminales (on les enlève en cas de cancer).

Bien que préliminaires, les résultats de la nouvelle prothèse mise au point par des urologues de trois universités américaines, avec le soutien de la société Boston Scientific, sont prometteurs. La rigidité axiale, la plus importante, mesurée en exerçant une pression dans l’axe du pénis, est conservée jusqu’à 2,62 kg. Largement suffisant pour permettre la pénétration. Mais la grande nouveauté de cette prothèse est qu’elle est à mémoire de forme, ce qui lui permet de cumuler les avantages des deux types de prothèses actuellement utilisées.

Deux grands types de prothèses: gonflable ou semi-rigide

La prothèse pénienne la plus simple repose sur un dispositif semi-rigide (voir schéma). Les deux tiges sont placées dans le pénis à la place des corps caverneux et peuvent se replier pour plus de discrétion hors activité sexuelle. «Le pénis semble en érection mais le gland, prolongement du corps spongieux, reste mou», remarque le Dr Marc Galiano, chirurgien urologue à Paris. «Replié, l’impression extérieure reste celle d’un pénis en semi-érection ce qui peut être gênant mais l’ensemble est très simple à utiliser pour les patients», souligne-t-il.

L’autre option, largement préférée en France (environ 85% des poses de prothèses), est celle des prothèses gonflables. Le patient fait durcir son pénis en actionnant manuellement une pompe placée dans le scrotum qui envoie du liquide (contenu dans des petits réservoirs) vers les deux cylindres qui remplacent les corps caverneux. La rigidité obtenue permet la pénétration. Il suffira par la suite de renvoyer le liquide dans les réservoirs pour redonner son aspect flaccide au pénis.

À 42°C la prothèse entre en érection

Les urologues américains ont cette fois utilisé un nouvel alliage de nickel et de titane (Ni-Ti), le nitinol, pour former un exosquelette autour de tiges en latex et silicone. À la température normale du corps, l’exosquelette en nitinol reste resserré. Mais soumis à une température extérieure de 42°C, il se dilate, ce qui accroît la circonférence du pénis et produit l’érection. «Notre dispositif est conçu pour fonctionner à la température du corps humain», explique au Figaro le Dr Brian Le, professeur assistant à l’université du Wisconin-Madison (Etats-Unis). «Il ne comporte pas de batterie et n’enmagasine pas d’énergie, ce qui exclut les risque de brûlure ou d’explosion», ajoute-t-il. Pourquoi 42°C? «Parce que c’est plus que la température normale du corps humain au repos (37°C, NDLR) et moins que la température qui deviendrait douloureuse», expliquent les auteurs. Le prototype semble fonctionner mais les chercheurs précisent qu’il faudra encore déterminer quel est le meilleur dispositif extérieur pour apporter cette chaleur et vérifier que les tissus environnant la prothèse en nitinol supportent bien cette température. Il suffit ensuite de refroidir le pénis pour que l’exosquelette le ramène à l’état de repos.

Des prothèses à réviser

Les prothèses de pénis sont aujourd’hui une solution intéressante en cas d’échec des autres options: médicaments, injections dans les corps caverneux que certains répugnent à se faire, ou vacuums (pompes externes assorties de garrots posés à la base du pénis une fois l’érection obtenue). «En France, nous implantons actuellement environ 600 prothèses chaque année, explique le Dr Galiano, mais le nombre de patients qui pourraient en bénéficier est plutôt estimé à plusieurs milliers». Une analyse des données nationales montre que le nombre de prothèses péniennes posées progresse tout de même, puisqu’il a doublé entre 2006 et 2013, passant de 307 à 633. Seuls cinq centres ont une activité supérieure à 20 implantations par an et «en 2013, plus de la moitié des prothèses péniennes françaises étaient posées dans trois régions: Ile-de-France, Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes». Il est vrai qu’il s’agit d’une opération complexe, nécessitant un chirurgien expérimenté. Le risque des prothèses est lié aux infections (taux d’environ 5%) et à la nécessité de les changer dans environ un cas sur trois après dix ans en moyenne.

Chez l’animal d’abord

Quand sera disponible cette nouvelle génération de prothèses péniennes? «Il est impossible de donner une date précise car ce n’est pas seulement une question d’ordre médical ou scientifique mais c’est aussi un parcours financier, réglementaire et logistique», explique le Dr Le. Pour l’instant l’équipe procède à des essais chez l’animal et sur des cadavres. «Nous voulons déterminer la meilleure technique chirurgicale pour le placement de la prothèse mais aussi évaluer la biocompatibilité et la réponse tissulaire».

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