ACCUEIL | FLUX RSS
Mardi 25 Septembre 2018

PLANETE - Publié le 06/06/2018 à 15:04


Au Japon, manger bio n'est pas tendance



Yuya Shibakai est une espèce rare au Japon. Ce jeune agriculteur cultive salades, tomates, carottes et autres légumes dotés du label bio dans un pays peu sensible à cette tendance en vogue dans le monde.

Sur ses 400 hectares de terres situées dans la préfecture de Chiba, en banlieue de Tokyo, il est aux petits soins pour ses plants de laitues et chou kale, produits avec un minimum de pesticides.

Ils sont 12.000 comme lui à s'adonner à ce type d'agriculture dans l'archipel, pour à peine 0,5% de la superficie agricole totale, selon des statistiques communiquées par le ministère dans un secteur si balbutiant qu'il est difficile d'obtenir des données précises et récentes.

L'impulsion des autorités reste limitée, et le modèle agricole japonais, organisé autour de coopératives contrôlant tout, ne favorise pas les producteurs bio qui privilégient les circuits courts.

- Framboises du Mexique -

C'est en voyant ses parents s'émanciper du modèle habituel pour nouer un contact direct avec les consommateurs que Yuya Shibakai, aujourd'hui âgé de 32 ans, a eu envie d'aller plus loin. Après des études universitaires sur l'agriculture biologique, il a repris l'exploitation familiale en 2009.

"Il est temps que s'établisse au Japon un système de distribution différent, un système pérenne pour les agriculteurs qui changerait aussi positivement la vision de notre métier", préconise-t-il.

S'il ne regrette pas son choix, il avoue devoir lutter "au quotidien pour trouver des moyens d'augmenter le rendement dans un système qu'on pourrait qualifier d'improductif, où il faut retirer les mauvaises herbes à la main, tout en maintenant des fonds suffisants pour faire tourner l'entreprise".

Le ministère de l'Agriculture confirme "la lente expansion" d'une forme de culture "qui nécessite davantage de main-d'oeuvre" que les autres exploitations, et peine à produire des récoltes stables faute de techniques adéquates.

Dans ces conditions, pas étonnant que rares soient ceux qui tentent l'aventure.

Trouver des fournisseurs capables de répondre à un certain niveau de demande s'est de fait avéré une gageure pour l'enseigne française Bio c' Bon, qui a débarqué dans l'archipel fin 2016, en partenariat avec le groupe de distribution japonais Aeon. Bio c' Bon vient d'ouvrir son troisième magasin à Tokyo.

Le paysage est si morcelé que la marque est obligée de travailler avec une multitude d'exploitations (quelque 200) réparties sur l'ensemble du territoire, et même d'importer certains fruits et légumes, telles les framboises du Mexique, outre les vins et fromages venus de France.

- Pré-emballés, pré-pesés -

Autre défi, adapter l'offre à une clientèle japonaise qui a coutume de se voir proposer des fruits et légumes soigneusement astiqués, calibrés et présentés sous leurs plus beaux atours.

"Au Japon, les clients ont tendance à aller très vite et à prendre des produits pré-emballés et pré-pesés, donc nous avons travaillé pour trouver un juste équilibre entre notre modèle de marque et les habitudes de consommation japonaises", explique Pascal Gerbert-Gaillard, directeur Asie de Bio c' Bon.

La marque propose donc par exemple les tomates en sachet ou en vrac, et veille à enlever les produits dès qu'ils sont un tantinet abîmés.

Les premiers résultats sont plutôt encourageants: peu de "salarymen" certes, mais une clientèle au rendez-vous - "des Japonais entre 30 et 40 ans, surtout des femmes, et des expatriés". Et les projets foisonnent, "avec au minimum une trentaine de magasins sur Tokyo et sa grande banlieue d'ici aux Jeux olympiques de 2020" pour venir combler "une offre famélique", pour l'heure essentiellement concentrée sur internet.

Reste à convaincre davantage de Japonais de franchir le pas malgré des écarts de prix parfois dissuasifs avec les fruits et légumes conventionnels déjà très chers.

Les ventes d'aliments biologiques ne dépassent guère le milliard d'euros, à comparer à un marché mondial d'environ 80 milliards d'euros, dominé par les Etats-Unis (38,9 milliards) puis, loin derrière, l'Allemagne, la France et la Chine. Le marché nippon stagne quand il croît à deux chiffres dans l'Hexagone, où il s'est élevé à plus de 8 milliards d'euros l'an dernier pour deux fois moins d'habitants.

"J'ai remarqué au fil des ans plus d'intérêt des consommateurs et des entreprises, mais ce n'est pas encore entré dans les moeurs", observe Rika Oishi. Cette mère de famille a fondé la compagnie SuperOrganic il y a sept ans, juste après l'accident nucléaire de Fukushima de mars 2011 qui a accru la demande en produits "sains", notamment de la part des étrangers vivant à Tokyo.

Pour "capter l'attention des jeunes générations", Yuya Shibakai a donc imaginé des produits innovants, comme ces assortiments de salades prêts à l'emploi qui rencontrent un franc succès: il en vend 500 à 600 par semaine.

Un rituel juif incluant des sacrifices de poulets résiste aux critiques
La fonte du permafrost menace la lutte contre le réchauffement climatique
Début de la construction de la première centrale solaire flottante de France
Le volume des déchets pourrait augmenter de 70 pour cent dans le monde d'ici 2050
Les déchets de la pêche commerciale dans le collimateur du G7
Au large de Vallauris, un mois pour remonter des milliers de pneus immergés
Plaie pour les Antilles, la sargasse est une aubaine pour d'autres
La maladie prospère sur les platanes du canal du midi, un site Unesco potentiellement menacé ?
Cent jours sans gel au Pic du Midi: un nouveau record historique
Côte d'Ivoire: des voiturettes solaires pour remplacer les taxis-brousse
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
Kilo, ampère, kelvin... Petite révolution à venir dans les unités de mesure
Des tests ADN pour mieux traquer les trafiquants d'ivoire
Il y a 50 ans, le sauvetage des temples égyptiens d'Abou Simbel
Portugal: un vaisseau de la route des Indes découvert au fond du Tage
La médiatisation du terrorisme influence les déséquilibrés
 LES PLUS LUS 
Kenya: huit rhinocéros morts après avoir été changés de parc
Puces Intel: des chercheurs découvrent une faille de sécurité
Comment limiter le temps d'exposition aux écrans des enfants ?
Des tombes de l'époque romaine découvertes dans un village palestinien
Le binge drinking peut augmenter le risque de maladies cardiovasculaires
Au coeur de l'Amazonie, vivre dans la plus grande jungle du monde
Le plus vieux fromage jamais trouvé aurait été déterré en Égypte
La mortalité par AVC évolue inégalement en Europe
Le génome complet du blé tendre séquencé pour la première fois
En Bosnie, des cheveux sur mesure et gratuits pour les enfants cancéreux
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2018 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.030 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.