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Mercredi 22 Août 2018

SANTE - Publié le 12/06/2018 à 19:54


Le don d'organes, une chaîne de vie



Les transplantations sont "un curieux mélange de vie et de mort", une chaîne complexe entre donneurs, proches, soignants et receveurs qui a permis de dépasser la barre des 6.000 greffes en 2017.

L'Agence de la biomédecine veut mettre ce lien en valeur à l'occasion de la Journée nationale du don d'organes le 22 juin.

- Etape 1: le don -

Sur 6.105 greffes réalisées en 2017, 5.476 l'ont été à partir de donneurs décédés. Avec comme principe le consentement présumé: chacun est un donneur potentiel, sauf s'il a exprimé son refus de son vivant (en le disant à ses proches ou en s'inscrivant sur un registre).

Après sa mort, si un donneur potentiel n'est pas inscrit au registre des refus, des médecins s'entretiennent avec ses proches.

"Notre rôle est triple: accompagner les proches dans l'annonce de la mort, leur exposer la possibilité du don d'organes, s'enquérir de la volonté du défunt", explique l'anesthésiste-réanimateur Stanislas Kandelman, chargé de la coordination des prélèvements à l'hôpital Beaujon de Clichy.

Dans le meilleur des cas, le défunt avait exprimé sa volonté à sa famille.

"Sinon, on aborde la question du consentement présumé", poursuit le docteur Kandelman.

Il ne s'agit pas de demander l'autorisation des proches mais bien d'essayer de savoir quelle était la position du défunt. D'où l'importance de la faire connaître de son vivant.

- Etape 2: le prélèvement -

Une fois le don acté, les organes sont répartis entre les patients en attente, selon plusieurs critères: l'urgence, la compatibilité ou encore les contraintes de transport (le temps entre le prélèvement et la greffe, et donc la distance à parcourir, doivent être réduits au maximum).

"L'infirmière de coordination coordonne l'arrivée de tous les chirurgiens au bloc", raconte Joanne Bombré, qui occupe cette fonction à l'hôpital Beaujon. Puis le corps du donneur arrive.

"Certaines familles nous demandent de placer un objet dans la main du donneur quand le coeur s'arrête (après avoir été maintenu artificiellement en fonction depuis la mort cérébrale, ndlr). Ce sont des moments très intenses au niveau émotionnel", avoue Mme Bombré.

Le corps est traité avec soin: "On fait attention aux cicatrices, il est refermé comme un patient qui peut se réveiller".

"A la fin du don, une toilette est réalisée au bloc", ajoute Mme Bombré. "Je m'occupe moi-même du visage: c'est ce que les proches verront en premier."

- Etape 3: la transplantation -

Sitôt prélevés, les organes sont placés dans des glacières à 4 degrés puis transportés le plus vite possible vers les hôpitaux où auront lieu les greffes, en voiture, en train, en avion...

Le chirurgien qui a prélevé l'organe fait le trajet et, en général, assiste celui qui greffe.

Une greffe peut mobiliser jusqu'à huit personnes et durer douze heures. Le donneur reste anonyme, même pour les chirurgiens.

"La transplantation, c'est un curieux mélange de vie et de mort", souligne François Durand, chef du service hépatologie à Beaujon. "C'est un travail gratifiant, on voit des malades mourants qui, après la greffe, peuvent avoir une vie normale".

"C'est aussi très contraignant: c'est un travail de nuit, il y a des astreintes", note-t-il.

- Etape 4: la vie d'après -

"Je suis le dernier maillon de la chaîne", sourit Sébastien Petit. Cet homme de 48 ans a été greffé du coeur le 1er novembre dernier, après avoir découvert en 2004 qu'il souffrait d'une maladie cardiaque.

Après plusieurs mois de rééducation, il a repris à plein temps son travail dans le commerce début mai et s'est fixé comme objectif de faire un raid Paris-Roubaix en VTT l'an prochain.

Comme tous les patients greffés, il doit prendre à vie un traitement immunosuppresseur pour éviter un rejet.

Dans le cadre de son suivi, il croise souvent d'autres greffés: "Certains, comme moi, vont bien, d'autres sont en difficulté. La greffe, ça n'est pas une balade de santé. Mais c'est une aventure humaine exceptionnelle".

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