ACCUEIL | FLUX RSS
Mardi 25 Juin 2019

PLANETE - Publié le 20/06/2018 à 16:01


Désemparés, des apiculteurs contraints de réduire en cendres leurs abeilles


AFP

Un bûcher encore ardent d'abeilles trône sur le terrain de Thomas et Claire, apiculteurs en Bretagne, contraints de réduire en cendres "90% de leurs ruches et une année de production". Désemparés, ils en appellent à une prise de conscience collective sur les dangers des pesticides.

"On s'est installés avec enthousiasme", raconte Thomas Le Glatin, 32 ans, devant son amas d'abeilles mortes et cadres de miel putréfiés. Installé en 2017 à Ploërdut (Morbihan), le producteur de miel bio avait 180 ruches. "J'en ai perdu 150 à la sortie de l'hiver".

"J'avais prévu de renouveler 30% de mon cheptel chaque année", explique-t-il. Des pertes "logiques" dues à la météo ou à certains parasites, explique Claire Prieur, sa compagne. Mais le couple d'apiculteurs accuse le coup après la découverte de colonies entières mortes.

"On s'est questionnés sur notre méthode de travail, on a contacté des professionnels en Bretagne et le constat était le même", déclare l'apicultrice qui gère également une chambre d'hôtes afin d'assurer un revenu.

Pour faire entendre sa voix, elle a intégré cet hiver le "Collectif pour la survie de l'abeille". Des apiculteurs venus de Dordogne, de l'Ain, de Normandie mais aussi de Belgique ou d'Allemagne témoignent de la disparition de leurs ruches et organisent des "convois mortuaires" sur toute la France pour alerter les autorités et l'opinion publique sur la fragilité de la filière.

Mardi, des représentants des apiculteurs ont même été reçus à l’Élisée, où ils ont insisté sur leur demande d'aides d'urgence. En France, la production de miel a été divisée par trois, à un peu plus de 10.000 tonnes par an et le nombre d'apiculteurs - amateurs et professionnels confondus - était de 85.000 en 1995, contre 70.000 (dont 2.000 professionnels) en 2017.

"Il nous manque un recensement exhaustif des pertes," estime Claire Prieur. Livrés à eux-mêmes, ils n'ont reçu "aucune consigne sanitaire" sur le devenir de leur ruche morte.

"On a pris la décision de tout cramer sur notre terrain car la déchetterie n'en voulait pas, ça moisissait et des papillons s’installaient avec le risque de contaminer les ruches vivantes", justifie Thomas, ancien urbaniste qui s'inscrit dans une démarche d'agriculture responsable.

- "Le monde à l'envers" -

Le couple d'apiculteurs a entamé des démarches pour obtenir d'éventuelles compensations mais n'a pu faire analyser leurs ruches, "on s'y est pris trop tard et c'est trop cher".

"Ce qui est terrible, déjà qu'on subit un traumatisme avec nos abeilles mortes, c'est du vivant, c'est pas des objets qui sont partis, et on vous dit +c'est à vous de le prouver+, c'est le monde à l'envers", s’insurge Claire.

"C'est à notre ministre de tutelle de structurer la filière et nous aider en cas de coup dur. Je ne suis pas sûre que s'il y avait eu 200 vaches mortes dans une exploitations on aurait pris les choses à la légère comme on le fait pour nous".

"Si le ministère fait des analyses, il va se rendre compte que cela met en porte-à-faux le système agricole mis en place depuis des années", juge la jeune femme. "On veut une politique durable. Nous les apiculteurs, nous sommes des gens discrets, on ne sait pas gueuler, nous n'avons pas le même impact que certains agriculteurs et lobbies", estime cette mère de deux enfants.

Les principales menaces qui pèsent autour des abeilles sont les néonicotinoïdes. Ce sont des insecticides utilisés pour enrober des semences, qui s'attaquent au système nerveux des insectes, désorientent et affaiblissent les abeilles et autres pollinisateurs.

En ce sens, le tribunal de l'Union européenne a confirmé le 17 mai les restrictions d'utilisation imposées en 2013 à trois néonicotinoïdes sur sept -clothianidine, thiaméthoxame et imidaclopride- à toutes les cultures en plein champ et non plus seulement aux cultures sous serre.

Une première victoire jugée insuffisante par la profession. "Il va falloir un arrêt des pesticides, acté noir sur blanc", assure Thomas.

Pour l'heure, "il n'y a pas de solution immédiate, on va continuer à informer, on n'est pas défaitistes", assure Claire. "Il va bien falloir préparer notre hiver car ça risque d’être un autre hiver terrible".

Soyez le premier à commenter cet article!

Laisser un commentaire

  • Maximum 250 caractères


Une nouvelle revue pour les adeptes de la collapsologie
Une épidémie menace un perroquet en danger d'extinction
Bonheur et Harmonie : deux pandas prometteurs pour la survie de l'espèce
L'océan, un poumon de la planète au coeur des enjeux climatiques
Attention aux montagnes de promesses du bio, prévient 60 Millions de consommateurs
L'Inde suffoque sous la chaleur, jusqu'à 50°C
Europol: sauvetage de milliers de reptiles destinés à finir en sac à main
À New Delhi, une montagne de déchets haute comme le Taj Mahal
Les chimpanzés ne survivent plus que dans des ghettos forestiers
Encore loin du zéro déchet, les Sénégalais mènent la lutte contre les ordures
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
Le CBD pourrait devenir une arme puissante contre l'antibiorésistance
Un traitement pour soigner l'hypertension pourrait protéger de la maladie d'Alzheimer
Une nouvelle revue pour les adeptes de la collapsologie
Un tour d'évasion tourne au drame: le corps du magicien retrouvé dans le Gange
Des chercheurs dissèquent le regard attendrissant du chien
 LES PLUS LUS 
Planète: la seule issue se trouve sous terre, selon certains experts
Une nouvelle espèce humaine découverte aux Philippines
Google ouvre son premier laboratoire d'intelligence artificielle en Afrique
A Cuba, les abeilles butinent heureuses et leur miel ravit l'Europe
Comment nettoyer l'espace des vieux satellites et débris spatiaux
Les rideaux d'hôpitaux sont des nids à bactéries
La Lune dans cinq ans ? La NASA entretient le mystère
L'activité physique pourrait aider à guérir d'une lésion de la moelle épinière
Un régime riche en viande accroît le risque de mortalité
Infarctus ne rime pas nécessairement avec arrêt maladie prolongé
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2019 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.062 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.