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Samedi 22 Septembre 2018

SEXO - Publié le 27/06/2018 à 21:08


Au Cambodge, une blogueuse féministe brise les tabous du sexe



Les sex toys, l'infidélité et la taille des pénis sont des sujets tabous au Cambodge, bien plus qu'en Thaïlande voisine. Mais une jeune blogueuse défie le conservatisme de cette société bouddhiste d'Asie du Sud-Est.

Sur sa page Facebook, "A dose of Cath", elle aborde des thématiques allant de problèmes gynécologiques comme le cancer du col de l'utérus à la sexualité féminine en passant par le harcèlement.

Son succès lui a valu l'attention du magazine américain Forbes, qui l'a classée en mars dans sa liste des 30 entrepreneurs de moins de 30 ans les plus influents d'Asie.

Dans l'une de ses dernières vidéos, celle qui s'identifie sous le pseudonyme "Catherine Harry" pointe du doigt la misogynie d'un classique de la poésie khmère, dans lequel les femmes sont priées de ne pas rire trop fort. Elle a été vue par 350.000 internautes, un tour de force pour un plan fixe sur une jeune femme parlant de poésie.

"Le but de mes vidéos est de lancer le débat... car les gens ne parlent pas vraiment entre eux des sujets que j'aborde", explique la jeune femme de 23 ans, recevant l'AFP dans son appartement de Phnom Penh, où elle enregistre elle-même ses vidéos, devant un rideau, le regard plongé dans l'objectif.

Elle parle sans fard des relations sexuelles avant le mariage, des films pornographiques et de la culture du viol dans ce pays où les taux de violences sexuelles sont alarmants: selon une étude de l'ONU de 2014, un Cambodgien sur cinq a déjà commis un viol.

La blogueuse, qui a étudié l'économie des médias de masse à l'Université de Phnom Penh, a tenté de relayer le mouvement #MeToo au Cambodge, qui a pris racine dans d'autres pays d'Asie. Mais en vain.

"Si une femme parle de ses expériences d'agression sexuelle ou de harcèlement sexuel, elle sera rejetée par la société, par sa famille et ses amis", explique cette féministe qui a lancé son blog en 2016, après avoir travaillé sur la question du genre pour la britannique BBC.

Elle privilégie Facebook pour poster ses vidéos, ce réseau social étant de loin le plus populaire au Cambodge, où elle fait figure de pionnière.

Avec plus de 200.000 abonnés sur Facebook, elle réussit aujourd'hui à vivre de ses seules activités de blogueuse et alterne ainsi les vidéos engagées avec d'autres, commerciales, vantant les mérites de crèmes pour le visage ou d'une marque de préservatifs.

- Harcèlement -

Pour elle, le sexe avant le mariage est "l'affaire de deux personnes" libres de leur choix, dans un pays où les pressions familiales sont importantes notamment sur les femmes.

Certains désapprouvent son militantisme, ce qui lui vaut régulièrement d'être harcelée par des "trolls" lui envoyant des images pornographiques. D'autres l'accusent de "ruiner" la culture du Cambodge, de ne pas être "une vraie femme". "On m'a traité de démon du sexe", explique-t-elle, en riant avec le recul.

Episode révélateur du conservatisme ambiant: en 2016, une image de la Première Dame, Bun Rany, avait fait scandale. Elle apparaissait sur ce qui était un photo-montage avec les genoux très légèrement écartés sur un cliché officiel, une pose jugée inappropriée, les femmes étant censées se tenir pieds joints.

Dans ce pays de 15 millions d'habitants où un tiers de la population a moins de 30 ans, les vidéos de la jeune blogueuse ont un public grandissant, qui vante "son audace à aborder ces sujets", comme l'écrit un internaute.

La popularité des réseaux sociaux au Cambodge a conduit le Premier ministre Hun Sen à investir fortement dans une stratégie de communication en ligne, notamment via Facebook. Un espace sur lequel il n'hésite par à adresser des conseils personnels aux Cambodgiens sur le mariage notamment, vantant la monogamie comme la meilleure des préventions contre le sida.

En ligne de mire: les jeunes électeurs, population clef des législatives de juillet, à l'approche desquelles le chef de l'opposition a été emprisonné et son parti dissous.

Dans l'une de ses dernières vidéos, le Premier ministre s'interroge: "Pourquoi épouser un drogué, un bandit ou un alcoolique? C'est un message aux jeunes, pour qu'ils agissent bien".

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