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RECHERCHE - Publié le 02/10/2018 à 13:23


Prix Nobel: les promesses de l'immunothérapie dans la lutte contre le cancer



L'immunothérapie remplacera-t-elle un jour la chimiothérapie pour lutter contre le cancer ? Qualifiée par certains de révolution et couronnée par le prix Nobel de médecine lundi, cette technique en plein essor consiste à renforcer les défenses du corps contre la maladie.

Le Nobel a été attribué lundi à un duo d'immunologistes, l'Américain James P. Allison et le Japonais Tasuku Honjo. Ils ont découvert comment déclencher une réponse de l'organisme contre le cancer, en neutralisant certaines molécules qui l'empêchent de se défendre.

"L'immunothérapie explose, c'est peut-être la voie la plus importante découverte récemment pour traiter le cancer", explique à l'AFP le chercheur français Pierre Golstein.

"C'est une révolution équivalente à l'arrivée des antibiotiques", s'enthousiasme Éric Vivier, chercheur à l'Inserm.

Cette technique n'est utilisée sur les patients que depuis quelques années, et ne fonctionne pas sur tous les malades ni sur tous les cancers - elle bute encore complètement sur les cancers du pancréas et du cerveau. Mais les espoirs qu'elle porte incitent l'industrie pharmaceutique à investir lourdement.

A la date de juillet dernier, il y avait quelque 800 essais cliniques en cours dans le monde et plus de 30 médicaments en développement, selon un décompte de l'American Cancer Society. De nombreux sont déjà autorisés en Europe et aux États-Unis.

Pour se défendre contre ce qui est étranger à notre organisme, le corps s'appuie sur des globules blancs appelés lymphocytes T. L'immunothérapie vise à doper ces petits soldats afin qu'ils s'attaquent aux tumeurs - alors que la chimiothérapie ne fait forcément pas la différence entre cellules saines et cancéreuses.

Ces cellules de défense portent sur leur surface des molécules dites "inhibitrices", qui peuvent freiner leur efficacité sous l'action des cellules cancéreuses.

L'immunothérapie consiste à neutraliser ces molécules inhibitrices (dont deux sont nommées CTLA-4 et PD-1) en utilisant des protéines appelées anticorps. Le but: lever ces freins et permettre ainsi aux lymphocytes, et donc à l'organisme, de se défendre contre le cancer.

- Trop d'enthousiasme ? -

CTLA-4 a été découverte par Pierre Golstein et son équipe en 1987. "Mais ce sont les lauréats du Nobel qui ont développé les anticorps correspondants", explique ce directeur de recherche émérite de l'Inserm à Marseille.

"Ces médicaments ont transformé les perspectives de nombreux patients à qui il ne restait plus aucune option", souligne le professeur Charles Swanton, de l'association britannique de lutte contre le cancer Cancer Research UK.

Depuis 2011, les autorités sanitaires américaine et européenne ont approuvé des immunothérapies pour le mélanome métastasé, le cancer du poumon avancé, le cancer du rein métastasé et pour des cancers ORL et de la vessie, énumère la professeure Laurence Zivogel, de l'Institut Gustave Roussy, près de Paris, premier centre de lutte contre le cancer en Europe.

Malgré les espoirs qu'ils portent, ces traitements ne sont "pas complètement inoffensifs", prévient le professeur Golstein, avec parfois des "manifestations auto-immunes, cutanées ou contre certains organes endocriniens", en précisant que ces effets indésirables peuvent être contrôlés.

Au-delà du cancer, l'immunothérapie "a provoqué une révolution dans la manière d'envisager l'utilisation du système immunitaire afin de combattre d'autres maladies", assure le professeur Dan Davis, immunologue à l'université de Manchester (Angleterre).

"Je pense qu'on ne voit encore que la partie émergée de l'iceberg et que de nombreux autres médicaments sont à l'horizon", espère-t-il.

Cette révolution est parfois observée avec un peu trop d'enthousiasme par les patients. Aux États-Unis, certains malades demandent à leurs médecins d'être traités d'emblée par immunothérapie au lieu de la chimiothérapie, de la radiothérapie ou de la chirurgie... même quand ces traitements conventionnels sont efficaces.

"Ce qui m'inquiète, c'est que l'enthousiasme pour l'immunothérapie ne nous amène à négliger d'autres domaines de recherche prometteurs dans la médecine de précision, la radiothérapie ou la chirurgie", dit à l'AFP le directeur médical de l'American Cancer Society, Otis Brawley.

Le professeur Allison a reconnu lui-même, lundi depuis New York, que l'immunothérapie n'allait "pas remplacer tout le reste". "Mais cela fera partie de la thérapie proposée à presque tous les patients dans cinq ans environ", a-t-il dit.

Surtout, il a martelé que les financements ne devaient pas uniquement porter sur le développement de médicaments: "Il faut continuer à financer la recherche fondamentale, car c'est de là que viennent les idées".

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