ACCUEIL | FLUX RSS
Vendredi 22 Mars 2019

SCIENCE - Publié le 06/11/2018 à 15:15


Mission franco-italienne sur le corps humain en altitude au Pérou



Quatorze scientifiques français et italiens partiront fin janvier étudier pendant un mois la population de mineurs d’or de La Rinconada (Pérou), ville la plus haute du monde, à la recherche des limites de l’adaptation du corps humain.

"Alors qu’il est généralement considéré que la vie humaine permanente n’est pas possible au-delà de 5.000 m, la population de La Rinconada constitue un véritable défi à la connaissance", a expliqué l’un des chercheurs lors d'une conférence de presse à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale.

Plus de 50.000 habitants vivent à l'année dans des conditions extrêmes au sein de cette ville reculée, qui s’est développée du fait de l’activité minière ces deux dernières décennies, à près de 5.300 mètres d’altitude dans les Andes péruviennes.

Une partie significative des habitants montre toutefois des difficultés à tolérer le manque d’oxygène (deux fois plus rare à cette altitude qu’au niveau de la mer) et développe des pathologies spécifiques que l’équipe médicale tentera d’identifier et de soigner.

Les céphalées (maux de tête), problèmes neurologiques (vertiges), fourmillements, troubles du sommeil ou palpitations cardiaques dont souffrent ces travailleurs font partie des symptômes du mal chronique des montagnes, également appelé maladie de Monge, du nom du médecin péruvien Carlos Monge Medrano qui en fit la première description scientifique au début du XXe siècle.

- sang anormalement visqueux -

En réaction au manque d’oxygène (hypoxie), "les habitants de la Rinconada produisent tellement de globules rouges qu’ils finissent par avoir le sang anormalement visqueux, ce qui provoque par exemple des problèmes cardio-vasculaires", a noté Samuel Vergès, chercheur au laboratoire hypoxie-physiopathologie de l’université Grenoble-Alpes, revenu récemment d’une mission de reconnaissance.

"On ne comprend pas aujourd’hui comment l’homme peut vivre avec de tels niveaux d’hématocrite", a t-il reconnu, tout en alertant sur “un vrai problème de santé publique dans les Andes".

Pendant 30 jours, au mois de février, les scientifiques de l'Expédition 5300 réaliseront pour la première fois un "phénotypage génétique, biologique et cardiovasculaire exhaustif" de cette population.

Ils espèrent également obtenir des avancées dans le domaine de l'épigénétique, qui consiste à étudier la manière dont les facteurs environnementaux influent sur l'expression du génome.

"Une adaptation génétique nécessite beaucoup de générations pour modifier la séquence ADN alors que les adaptations épigénétiques peuvent se produire très rapidement et probablement se transmettre aux générations futures", explique à l’AFP Saadi Khochbin, directeur de la recherche au CNRS et épigénéticien à l’Institut pour l’avancée des biosciences à Grenoble, qui analysera les échantillons de sang prélevés lors de l’expédition.

Les scientifiques feront passer une batterie de tests à deux groupes distincts de mineurs d’or résidant depuis au moins 3 ans - l’un présentant une bonne résistance à l’altitude et l’autre des symptômes d’intolérance - ainsi qu’aux populations Quechuas de Lima (au niveau de la mer) et de Puno (à 3.800 m d’altitude).

La comparaison des résultats permettra de mieux comprendre les mécanismes de défense du corps humain contre le manque d’oxygène, un enjeu essentiel pour les personnes qui voyagent ou qui résident en haute altitude, mais également pour améliorer les traitements des malades respiratoires.

Soyez le premier à commenter cet article!

Laisser un commentaire

  • Maximum 250 caractères


Le physicien Marcelo Gleiser: La science ne tue pas Dieu
Mathématiques: le prix Abel attribué à une femme pour la première fois
Des lycéens enfilent la blouse de chercheurs pour étudier les tiques
Comment ragoûts et yaourts néolithiques ont sans doute conduit au f et au v
La peau s'expose à Paris
Chez les chimpanzés, la diversité culturelle aussi est victime des humains
L'intelligence des arbres décryptée par les chercheurs
Un document inédit d'Albert Einstein émerge du passé
Le Cern part à la recherche des particules associées à la matière noire
A Londres, la science au service de la lutte contre l'exploitation forestière illégale
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
Une tortue sacrée embaumée pour l'éternité au Vietnam
Une fusée Vega met sur orbite un satellite d’observation de la Terre pour l’Italie
Chili: faire pousser des légumes dans le désert le plus aride du monde
Climat: les géants de l'énergie ont dépensé 1 milliard de dollars en lobbying depuis la COP21
Le plastique menace toute vie aux Galapagos
 LES PLUS LUS 
Beurk ou miam? La différence est plus dans la tête que dans l'assiette
Microbiote: à la découverte de notre jardin intérieur
Climat: Mars n'est pas un plan B pour l'humanité, met en garde une astronaute
Froid dedans, plus chaud dehors: l'Inde dans le cercle vicieux des climatiseurs
Cop24: Réduire le gaspillage et consommer moins de viande pour nourrir la terre en 2050 selon une étude
Dans la violente Ciudad Juarez, réhydrater des cadavres pour les identifier
Une technique de poterie millénaire remise au goût du jour contre le gaspillage de l'eau
En Saône-et-Loire, une usine change les déchets en biogaz
Qu'est-ce que tu veux pour Noël? Un test ADN!
L'UE sans plastiques à usage unique en 2021
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2019 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.038 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.