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Mardi 21 Mai 2019

SANTE - Publié le 22/11/2018 à 12:59


Entre plantes et scorpions, les Chinois attachés à leur médecine traditionnelle



Liasses d'ordonnances à la main, une foule de patients se presse devant le guichet de la pharmacie de l'hôpital Yueyang, à Shanghai. De lourds effluves de plantes flottent dans l'air : car en Chine, la médecine traditionnelle reste populaire.

À l'herboristerie située juste derrière le guichet, des remèdes sont préparés à partir de centaines de plantes différentes, et parfois aussi... de matières animales, comme des petits scorpions et mille-pattes lyophilisés.

Certains patients repartent avec des boîtes de comprimés d'allure moderne, d'autres avec des sachets en plastique bourrés de plantes. Comme Lin Hongguo, un retraité de 76 ans, qui va les faire bouillir chez lui avant de les boire en infusion pour soigner son « coeur très lent ».

« Je préfère ça aux médicaments occidentaux », dit-il à l'AFP. « Ce n'est pas une question de prix, c'est parce que ça marche bien », assure-t-il.

« Il y a deux mois, ma peau a fait une réaction allergique à un médicament moderne contre l'hypertension », témoigne sur son lit d'hôpital Wang Deyun, une vendeuse de poissons d'aquarium âgée de 51 ans. Elle s'estime aujourd'hui quasiment guérie, après avoir été traitée avec des masques et décoctions de plantes.

« Peinture » contre « photographie »

La médecine traditionnelle, remboursée en Chine et moins chère que les médicaments occidentaux, représente environ « 25 % en valeur » du marché pharmaceutique local, une part « significative » et « stable » ces dernières années, malgré l'ouverture croissante du pays à la médecine moderne, selon John Lin, du cabinet EY-Parthenon à Shanghai, interrogé par l'AFP.

L'État chinois oeuvre à sa reconnaissance dans le monde entier et encourage sa modernisation, dans l'espoir de l'exporter davantage, malgré de sérieux obstacles.

Pékin a marqué un point auprès de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui pour la première fois devrait inclure l'an prochain un chapitre sur les médecines traditionnelles dans sa « classification internationale des maladies », recueil de référence pour établir les tendances et les statistiques sanitaires mondiales.

Mais le défi reste entier. Car l'un des principes fondamentaux de la médecine traditionnelle chinoise, dont les origines remontent à 2400 ans, est d'être personnalisée : pour une même pathologie, les ingrédients et leur dosage varient selon chaque patient.

« C'est comme une peinture : chaque traitement est unique. Alors que la médecine occidentale ressemble plus à de la photographie » avec ses produits standardisés, juge Wang Zhenyi, coloproctologue à l'hôpital Yueyang.

C'est là tout le problème pour faire homologuer la médecine traditionnelle à l'étranger : elle est souvent peu compatible avec les essais cliniques modernes, qui impliquent de tester un produit strictement identique sur de nombreux patients.

Par ailleurs, comme ces produits contiennent généralement des dizaines d'ingrédients à la fois, il est extrêmement ardu de comprendre leur mécanisme d'action et de prouver scientifiquement leur efficacité.

Les ingrédients d'origine animale, provenant parfois d'espèces menacées, ternissent aussi l'image de la médecine traditionnelle, même si leur utilisation par les médecins chinois aurait beaucoup diminué ces dernières années, grâce à des produits de substitution synthétiques.

L'IA à la rescousse

Rares sont ainsi les sociétés pharmaceutiques occidentales à tenter de défricher cette jungle. C'est toutefois le pari de Pharnext, biotech française qui s'est associée l'an dernier à Tasly, l'un des principaux groupes pharmaceutiques chinois de médicaments traditionnels.

Ces industriels « veulent rationaliser les procédés pour avoir une production de plantes plus stable, avec des propriétés identiques, et comprendre pourquoi le mélange marche. Ils sont devenus des maniaques du mécanisme d'action », affirme à l'AFP le professeur Daniel Cohen, fondateur et directeur général de Pharnext.

Mais « ce sont des mélanges très complexes. Avec Tasly, on est en train d'inventer un système d'intelligence artificielle pour comprendre comment ça marche », ajoute-t-il.

Aux États-Unis, Tasly tente depuis des années de faire approuver le Dantonic, un de ses médicaments à base de racines de sauge et d'une variété de ginseng, autorisé en Chine depuis 1993 pour traiter l'angine de poitrine.

Mais bien qu'il soit allé au bout d'essais cliniques modernes, le groupe se heurte à la réglementation américaine, qui n'autorise pas pour l'instant les médicaments composés de plusieurs plantes, au nom notamment des risques de toxicité.

À l'hôpital Yueyang, le docteur Wang se désole de ces difficultés. « La médecine est encore une science très récente, avec beaucoup d'inconnues. Si vous connaissez à la fois les méthodes occidentales et orientales, vous augmentez vos chances de soigner », plaide-t-il. « C'est le résultat qui compte. »

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