ACCUEIL | FLUX RSS
Jeudi 13 Décembre 2018

SCIENCE - Publié le 28/11/2018 à 14:23


Chine: scandale après l'annonce de premiers bébés génétiquement modifiés



Une ligne rouge éthique a-t-elle été franchie ? Un scientifique chinois a affirmé lundi avoir fait naître les premiers bébés génétiquement modifiés, une annonce fustigée par de nombreux chercheurs comme un acte « dangereux » et « irresponsable ».

He Jiankui, professeur d'université à Shenzhen, dans le sud de la Chine, a annoncé dans une vidéo diffusée sur YouTube la naissance « il y a quelques semaines » de deux jumelles dont l'ADN a été modifié pour les rendre résistantes au virus du sida.  

Cette annonce a soulevé une vague de critiques dans la communauté scientifique, y compris au sein de l'université du chercheur, l'Université de sciences et technologie du Sud, qui l'a désavoué et s'est dite « profondément choquée ».

He Jiankui, qui a été formé à Stanford aux États-Unis et dirige un laboratoire spécialisé dans le génome à Shenzhen, explique avoir employé la technique Crispr-Cas9, dite des « ciseaux génétiques »,  qui permet d'enlever et de remplacer des parties indésirables du génome, comme on corrige une faute de frappe sur ordinateur.

Les jumelles, surnommées « Lulu » et « Nana », sont nées après une fécondation in vitro, à partir d'embryons modifiés avant leur implantation dans l'utérus de la mère.  

« Juste après avoir injecté le sperme du mari dans les ovules, un embryologiste a également injecté une protéine Crispr-Cas9 chargée de modifier un gène afin de protéger les petites filles d'une future infection par le VIH », explique He Jiankui.

L'opération « a supprimé la porte par laquelle le VIH entre pour infecter les personnes », ajoute-t-il. La forme mutée du gène entraîne une résistance à l'infection par le virus.

Le père des bébés est séropositif, précise le scientifique dans la vidéo, tout en soulignant que son but est avant tout d'empêcher les deux enfants de contracter le VIH à l'avenir.

Cette première médicale auto-proclamée n'a pas été vérifiée de façon indépendante, les résultats de l'équipe chinoise n'ayant pas fait l'objet d'une publication dans une revue scientifique.

« Graves préoccupations éthiques »

« Annoncer ces résultats par une vidéo sur YouTube est une pratique scientifique très problématique », a déploré Nicholas Evans, professeur assistant de philosophie à l'université du Massachusetts Lowell, aux États-Unis, qui travaille notamment sur les questions bioéthiques. « Cela écarte les processus de contrôle sur lesquels reposent de nombreuses avancées scientifiques, tels que l'évaluation par les pairs », a-t-il ajouté, interrogé par l'AFP.

He Jiankui n'a pas répondu dans l'immédiat aux questions de l'AFP. Son annonce intervient à la veille d'une conférence d'experts mondiaux sur l'édition du génome à Hong Kong, au cours de laquelle le chercheur doit détailler ses résultats.

« Je sais que mon travail sera controversé, mais je crois que des familles ont besoin de cette technologie », plaide-t-il dans sa vidéo, se défendant de tout eugénisme.

Son expérience suscite de « graves préoccupations éthiques », juge toutefois le Dr Sarah Chan, de l'université d'Édimbourg, citée par le Science Media Centre. « Faire de telles affirmations, d'une façon qui semble chercher délibérément à provoquer un maximum de controverse [...] est irresponsable », ajoute-t-elle.  

Plus de 100 scientifiques chinois, principalement des biologistes et des médecins, ont déploré dans un communiqué une « folie » qui porte « un grand coup à la réputation mondiale et au développement de la recherche biomédicale en Chine ».

Cette technologie est connue depuis longtemps, mais si aucun scientifique ne l'avait utilisée jusqu'à présent, c'est que « personne ne peut prédire l'impact de ces modifications génétiques incertaines », soulignent-ils, estimant qu'« une boîte de Pandore a été ouverte ».

Une expérience d'autant plus inutile que lorsqu'une personne séropositive est sous traitement avec une charge virale indétectable, « le risque de transmission [...] aux bébés est minime », et que la résistance à l'infection liée au gène muté « semble n'être pas absolue », souligne Dusko Ilic, chercheur au King's College à Londres.

L'université dont dépend le laboratoire de He Jiankui a précisé dans un communiqué n'être « pas au courant » de ces recherches et que le chercheur était en « congé sans solde » depuis le mois de février.  

« L'application des techniques de manipulation génétique à la recherche sur l'embryon humain » représente « une grave violation » des règles éthiques, a estimé le département de biologie de l'université.

Le transhumanisme gagne du terrain, malgré les doutes des scientifiques
Beurk ou miam? La différence est plus dans la tête que dans l'assiette
Le cerveau des enfants abusant des écrans semble modifié
L'ADN explique la longévité des tortues géantes des Galapagos
Un anneau bimillénaire découvert près de Jérusalem pourrait mentionner Ponce Pilate
Les archéologues israéliens présentent un rare masque vieux de 9.000 ans
L'Égypte annonce la découverte de huit momies à Dahchour
L'Afrique de l'Est pourrait perdre son monopole de berceau de l'humanité
Un cousin géant des mammifères a nargué les dinosaures
L'Égypte dévoile un tombeau et des sarcophages à Louxor
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
La résilience provient d'anomalies dans le cerveau
Nos choix de carrière influencent notre personnalité
Les bactéries intestinales, piste de recherche pour traiter le diabète
Virgin Galactic prépare un nouveau vol d'essai, plus près de la frontière de l'espace
Au Bangladesh, le combat d'un homme pour sauver les arbres un par un
 LES PLUS LUS 
Confirmation de présence de glace à la surface de la Lune
La momification, un procédé plus ancien qu'on ne le pensait
Un satellite européen inédit d'étude des vents mis sur orbite
Avec le Brexit, risque d'une pénurie de sperme au Royaume-Uni
Comment la fièvre jaune s'est propagée au Brésil
Un drone filme des images inédites d'un peuple isolé d'Amazonie
Inondations en Inde : alerte aux serpents avec la baisse des eaux
Un reste fossilisé d'enfant prouve l'accouplement entre deux espèces humaines
Un examen ophtalmologique expérimental pourrait détecter Alzheimer
Pas de niveau minimum d'alcool qui soit sans danger pour la santé
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2018 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.051 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.