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Vendredi 22 Fevrier 2019

PLANETE - Publié le 03/12/2018 à 11:19


En Amazonie, les peuples autochtones isolés toujours plus menacés



Comme les chasseurs-cueilleurs qui ont tué un Américain mi-novembre sur une île indienne, des Amérindiens d'Amazonie refusent tout contact avec le monde extérieur. Mais les trafiquants de drogue, l'exploitation minière et la déforestation illégales représentent des menaces toujours plus grandes.

Le Pérou, dont la moitié du territoire est couvert par la forêt amazonienne, est un des rares pays dans le monde où vivent des peuples autochtones, qui pour certains refusent d'entrer en contact avec le reste de la société.

Selon le ministère de la Culture, l'Amazonie péruvienne compte 16 communautés amérindiennes, soit environ 4.500 personnes, vivant en situation d'isolement volontaire. Parmi elles, les Mashco-piro, Cacataibos, Isconahuas, Matsigenkas, Mastanahuas...

Trois autres communautés, soit 2.500 personnes, sont en situation de "contact initial" avec le monde extérieur.

Toutes vivent dans des réserves situées dans les régions de Ucayali, Madre de Dios et Cusc, dans l'est du pays.

Les contacts de ces peuples isolés avec des personnes de l'extérieur sont difficiles et parfois violents, à l'image des Sentinelles, des chasseurs-cueilleurs qui vivent depuis des siècles en autarcie sur une île indienne et ont tué le 16 novembre un Américain de 27 ans souhaitant les évangéliser.

En Amazonie, ce refus de contacts avec l'extérieur vient parfois du fait que ces peuples ont été attaqués par le passé ou touchés par des maladies exogènes, qui ont décimé leur communauté.

Pendant la "fièvre du caoutchouc" (1879-1912), de nombreux Mashco-piro ont ainsi été capturés et réduits en esclavage, poussant le reste de la communauté à s'enfoncer davantage dans la forêt pour se protéger.

Mais l'Amazonie n'est pas une île et les menaces de l'extérieur pesant sur ces peuples autochtones sont toujours plus nombreuses.

Dans cette région peu peuplée, les activités illégales représentent évidemment le plus grand risque, et en premier lieu le trafic de drogue, les trafiquants tirant avantage de zones forestières difficiles d'accès.

"Les narco-trafiquants ne se préoccupent pas des aires protégées, sinon pour l'extension (de plantations illégales de coca). Pour eux, c'est la jungle et ils s'en fichent", explique Arquimedes Leon, un responsable de la police.

- Appel du pape -

La richesse de l'Amazonie en ressources naturelles attise aussi les convoitises. Les chercheurs d'or y sont légions, tout comme les forestiers illégaux qui coupent cèdres et des acajous, désormais en danger d'extinction.

"Les irruptions (d'étrangers) sont le plus souvent violentes, pour déplacer les communautés de leur lieu de vie", dénonce la Fédération autochtone du Fleuve Madre de Dios, une région considérée comme la capitale de l'exploitation minière illégale dans le pays.

Autre périls, cette fois légaux, la construction de routes à travers l'Amazonie et le développement du tourisme.

En janvier, le Parlement péruvien a voté une loi autorisant la construction de routes en Amazonie, au moment même où le pape François, en visite dans la région amazonnienne, avait appelé à protéger les peuples autochtones.

Le souverain pontife avait notamment dénoncé "la forte pression des grands intérêts économiques qui convoitent le pétrole, le gaz, le bois, l'or, les monocultures agro-industrielles".

Mais son appel semble avoir été vain. Les autorités péruviennes n'ont pour l'heure pris aucune mesure de protection en faveur des peuples isolés, alors que l'Amazonie péruvienne perd chaque année plus de 120.000 hectares de forêt.

La moindre intervention dans la région "doit être planifiée" pour ne pas affecter "sérieusement les Indiens ni les espèces" naturelles, explique Nancy Portugal, cheffe de la section des Peuples isolés et de contat initial, au ministère de la Culture.

Mais face aux faibles capacités de surveillance et au manque de moyens des autorités dans ces régions immenses, cela sonne comme un voeu pieux.

Les Mashco-piro, des chasseurs-cueilleurs nomades (900 personnes), habitent dans deux réserves, proches de la ville de Cuzco et du Machu Picchu, attractions touristiques majeures du pays.

Pour éviter qu'ils ne soient dérangés par des intrus, le ministère de la Culture a mis en place des contrôles, afin d'éviter notamment que des agences de tourisme peu scrupuleuses vendent des excursions pour aller à leur rencontre.

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