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Dimanche 20 Janvier 2019

PLANETE - Publié le 21/12/2018 à 00:16


En Chine, le marsouin du Yangtsé en survie précaire hors du fleuve


AFP

Un corps noir et brillant affleure timidement à la surface du lac, avant de déguerpir vers les profondeurs: le marsouin du Yangtsé, l'une des espèces les plus menacées de Chine, vient de faire une rare apparition dans la brume automnale.

Le dernier mammifère aquatique du plus long fleuve chinois n'existe plus qu'à un millier de spécimens, dont certains survivent dans des lacs proches du Yangtsé. Considéré comme "en danger critique d'extinction" par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) -- dernier stade avant l'extinction à l'état sauvage --, ses effectifs sont même inférieurs à ceux du panda, animal symbole de la faune en danger.

Le marsouin du Yangtsé, surnommé "l'ange au sourire" par les riverains pour son air espiègle, a souffert de la pollution, de la surpêche, de la navigation et des barrages comme celui des Trois gorges, l'un des plus grands du monde, construit en amont.

Mais les spécialistes voient des signes d'espoir: la baisse de cette population a ralenti ces dernières années, après une réduction de moitié entre 2006 et 2012. Le nombre de cétacés augmenterait même dans les zones de protection proches du fleuve.

- "Très encourageant" -

La Réserve de Tian'ezhou, dans la province du Hubei, compterait désormais 80 individus, selon les experts, contre moins d'une quarantaine lorsque les premiers marsouins ont été amenés au début des années 1990 dans ce lac relié au Yangtsé par un ruisseau.

"Nous avons découvert que non seulement les animaux survivaient mais aussi qu'ils se reproduisaient naturellement à Tian'ezhou. C'est très encourageant", se félicite Wang Ding, spécialiste des marsouins auprès de l'Académie des sciences chinoise.

Les efforts engagés contre la pollution et la surpêche ont aussi porté leurs fruits.

"L'opinion publique a joué un rôle important", reconnaît Zhang Xinqiao, responsable de projet au Fonds mondial pour la nature (WWF).

Objectif: éviter que ne se répète la tragédie du dauphin du Yangtsé, considéré disparu en 2006. Le marsouin "aptère" (il n'a pas de nageoire dorsale) est désormais le seul cétacé à hanter encore les eaux du fleuve. Il est aussi la seule espèce de marsouin à vivre en eau douce à la surface du globe.

- "Cochon du fleuve" -

Sa perte serait un coup dur pour les efforts de la Chine en matière écologique, l'animal faisant figure de baromètre de la qualité des eaux du Yangtsé. Cette grande artère économique est le plus gros contributeur mondial à la pollution des mers, selon l'association néerlandaise Ocean Cleanup.

Le marsouin, qui peut atteindre deux mètres de long à l'âge adulte, était déjà mentionné dans des poèmes classiques. Son apparition est considérée comme annonciatrice de la pluie dans la culture populaire.

Certains riverains le surnomment "le cochon du fleuve" à cause de ses rondeurs. Il lui est arrivé d'être consommé par l'homme, même si sa chair n'est pas jugée particulièrement savoureuse. Le foie de marsouin était, lui, utilisé par la médecine traditionnelle.

Début 2016, une politique de protection des rivières a été lancée à l'initiative du président Xi Jinping, suivie la même année par un plan de protection du marsouin, avec la mise en place de réserves et un programme de recherche sur la reproduction artificielle.

Créée en 1992, la réserve de Tian'ezhou se présente comme la seule au monde où des cétacés se reproduisent. Les pêcheurs des environs ont été encouragés à se reconvertir et Wang Hesong, 46 ans, est devenu gardien dans la réserve.

"Regardez, voilà une mère et son petit", lance-t-il, alors que le moteur de la barque est coupé à la vue des deux dos qui rayent la surface du lac avant de disparaître promptement.

"Ils ne remontent que quelques secondes pour respirer. Nous en voyons à chacune de nos sorties quotidiennes", témoigne-t-il.

Si le lac, long de 21 km, offre un abri au marsouin, ceux qui sont encore dans le Yangtsé luttent pour leur survie.

"Dans le fleuve, ils n'ont nulle part où se réfugier", observe M. Zhang, du WWF. "Tant qu'il y aura du danger, comme une nouvelle détérioration de l'habitat naturel, il y a de fortes chances que les effectifs se mettent à décroître fortement".

- Reproduction laborieuse -

Dans la grande ville de Wuhan, un centre de recherche abrite six marsouins à des fins de reproduction. Deux évoluent gracieusement devant la fenêtre qui permet d'observer l'intérieur de leur énorme bassin.

"Ils viennent dire bonjour", suppose Liu Hanhui, une étudiante en aquaculture qui travaille sur place bénévolement. "Je pense qu'ils comprennent les sentiments des humains".

D'après le WWF, un marsouin adulte aurait l'intelligence d'un enfant de trois à cinq ans.

Comme à des dauphins de cirque, leurs soigneurs leur apprennent à ouvrir la gueule sur commande et à donner la nageoire avant de recevoir leur repas.

Mais la reproduction s'avère difficile en captivité. Un bébé né en juin est seulement le deuxième à survivre plus de 100 jours au delphinarium de Wuhan depuis la création du centre de recherche en 1980.

Une quarantaine de bénévoles viennent nourrir les animaux pendant leurs jours de congés, tout en organisant des séances d'information en direction du grand public.

"Notre développement économique a provoqué la disparition accélérée de nombreuses espèces. J'essaye de réparer les crimes de l'humanité", explique Liu Hanhui.

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