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Jeudi 25 Avril 2019

PLANETE - Publié le 21/03/2019 à 12:15


Au Chili, un lac rayé de la carte par la sécheresse


AFP

Des squelettes de chevaux et de vaches, venus brouter les ultimes brins d'herbe, sont étendus sur le sol craquelé. Principale attraction touristique des environs de Santiago, le lac d'Aculeo a disparu, victime de la sécheresse et de la surconsommation d'eau.

Avec une superficie de près de 12 km2 et une profondeur d'environ six mètres, le lac fut pendant des décennies l'une des principales attractions touristiques de la capitale chilienne, située à 70 km de là.  

Chaque été, les 10 000 habitants de la région attendaient avec impatience l'arrivée des vacanciers qui venaient y nager ou pratiquer des sports nautiques. Hôtels, campings et restaurants ne désemplissaient pas.

Mais l'eau n'est aujourd'hui plus qu'un lointain souvenir. Le paysage se résume à un sol couvert de poussière, à des carcasses d'animaux, des bateaux abandonnés, des arbustes secs. Le soleil ardent de l'été austral frappe le sol aride qui libère une odeur de terre brûlée. La végétation disparaît jour après jour, pour ne laisser place qu'à un terrain craquelé.

« Nous subissons la sécheresse depuis dix ans. Et maintenant le lac a disparu, il a emporté avec lui le tourisme, le camping, le business, tout », déplore Marcos Contreras, un employé du camping du village de Pintué, situé sur les berges de l'étendue d'eau. Ici plus de vacanciers, seulement des canoës qui prennent la poussière.

Le niveau d'eau du lac a commencé à baisser graduellement à partir de 2011. Moins de dix ans après, en mai 2018, il s'est complètement asséché.

Il n'y a pas d'explication unique à cette situation : habitants et experts citent la diminution drastique des précipitations - principale source d'approvisionnement en eau du lac -, la surconsommation de l'agriculture et l'urbanisation anarchique des environs.

« On a lentement tué le lac »

« Mes grands-parents se souviennent du moment où des pluies torrentielles tombaient durant une semaine minimum. Aujourd'hui, s'il pleut deux jours, on a de la chance », se désole Camila Nunez, 20 ans, qui travaille dans un restaurant.

Si dans les années 1980, il pleuvait en moyenne 350 mm par an dans le centre du Chili, en 2018, les précipitations ont été réduites de moitié et l'on estime que dans les années à venir, la quantité de pluie continuera à baisser en raison du réchauffement climatique.

« Nous observons qu'il y a une tendance à la baisse des précipitations, il est donc fort probable que les prochaines années seront aussi sèches que celles que nous venons de vivre », explique Eduardo Bustos, directeur d'un centre de recherche sur le changement climatique à l'Université catholique du Chili.

Près de 70 % de la population chilienne vit dans des zones soumises à la sécheresse où les précipitations ont diminué de manière significative ces dernières années. Les spécialistes estiment que la température continuera d'augmenter jusqu'en 2030 et que les bassins hydrographiques du centre du pays verront leur niveau baisser jusqu'à 30 %.

Le manque de pluie n'est toutefois pas le seul responsable de cette catastrophe écologique. Quand le lac était encore rempli, le tourisme battait son plein, les lieux sont donc devenus attractifs pour la construction de commerces et de résidences secondaires, pour beaucoup avec piscines. Cela a eu pour conséquence une augmentation significative de la demande en eau sur un laps de temps très court.  

À cela s'ajoute l'agriculture, qui face à la sécheresse, a besoin de plus d'eau pour l'irrigation, entraînant une surexploitation des réserves d'eau. La culture de l'avocat en réclame notamment de grandes quantités. « Le besoin d'eau pour les cultures dans les zones adjacentes a accru la pression sur le lac », confirme le chercheur Eduardo Bustos.

« On a lentement tué le lac », constate amèrement Antonia Romero, 26 ans, qui habite sur place.

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