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Jeudi 19 Septembre 2019

CIEL&ESPACE - Publié le 28/03/2019 à 21:59


En détruisant un satellite, l'Inde a créé des centaines de débris spatiaux


AFP

La destruction par un missile indien d'un satellite mercredi a créé au moins des centaines de débris spatiaux, une pratique dangereuse que les grandes nations spatiales s'interdisent depuis plusieurs années, même si l'Inde semble avoir tenté de minimiser le danger.

Ce test militaire pourrait même avoir violé le Traité de l'espace de 1967, argue le professeur de droit spécialisé dans l'espace Frans von der Dunk, car le texte oblige les membres à informer les pays de la «gêne potentiellement nuisible» produite par leurs activités spatiales.

«Malheureusement, il n'existe pas encore de loi internationale contraignante interdisant la création gratuite de débris spatiaux», dit cet expert du droit spatial.

Mais «ce genre de tests va de plus en plus à l'encontre de la tendance et de l'esprit du droit international», poursuit-il. Depuis 2002, les grandes agences spatiales du monde respectent une sorte de code de bonne conduite qui, sans avoir de poids juridique, est appliqué. L'ONU a adopté une résolution de soutien à ces directives.

Les États-Unis ont condamné l'essai mercredi par les voix du secrétaire à la Défense et du patron de la NASA. «Nous vivons tous dans l'espace. N'y mettons pas le bazar», a déclaré le chef du Pentagone, Patrick Shanahan.

L'Inde semble de facto avoir tenté de limiter le danger posé par son test.

Le premier ministre indien a donné peu de détails mais a souligné que l'interception avait eu lieu environ 300 km au-dessus de la surface terrestre, soit une altitude relativement basse, en-dessous de la plupart des satellites en orbite autour de la Terre et de la Station spatiale internationale (410 km).

Le danger n'est pas que les débris retombent sur Terre, mais qu'ils heurtent des satellites. À la très grande vitesse à laquelle ils volent, même un boulon peut mettre un satellite hors d'usage. Les débris resteront en orbite pendant au moins plusieurs semaines, avant de retomber sous l'effet de la gravité et de se consumer dans l'atmosphère.

Des experts semblent considérer que la basse altitude était probablement sûre.

«Peu d'objets volent à cette altitude, c'est très bas et l'attraction terrestre est trop forte», dit Tom Johnson, d'Analytical Graphics, Inc. (AGI).

270 débris

Mais l'armée américaine, qui est la source de référence, n'a pas encore confirmé qu'aucun satellite ne sera menacé.

Le 18e escadron de contrôle spatial maintient une base de données en ligne et librement accessible sur plus de 23 000 objets en orbite terrestre : satellites actifs, satellites désactivés, morceaux de fusées, jusqu'aux débris créés par des destructions précédentes (plus de 3000 débris créés par un test anti-satellite chinois en 2007, plus de mille dus à une collision accidentelle entre un satellite russe usagé et un satellite Iridium en 2009 ...).  

L'armée avait repéré au moins 270 débris mercredi, quelques heures après le tir indien, a annoncé le général David Thompson, vice-commandant de l'Air Force Space Command, au Congrès américain.

Il a précisé que le lancement du missile d'interception indien avait eu lieu à 1h49 mercredi, et qu'il avait été immédiatement repéré par les systèmes de surveillance américains.

Le nombre de débris «va sans doute augmenter au fur et à mesure que le champ de débris s'étale et que nous recueillons plus d'informations», a-t-il dit. «Nous informerons immédiatement les opérateurs satellitaires si leurs satellites sont menacés».

La cible du missile, qui n'a pas été confirmée officiellement, était sans doute indienne, et plusieurs experts pensent qu'il s'agissait du satellite Microsat-R, pesant 740 kilogrammes, et lancé par l'Inde le 24 janvier.

Les sociétés AGI et Celestrak notamment avaient calculé que seul ce satellite était dans la zone, dans l'océan Indien, au moment du lancement de la fusée.

Aux États-Unis, la société Planet, qui grâce à sa flotte de satellites photographie la totalité de la planète chaque jour en haute résolution, a «catégoriquement condamné» le test. «L'espace doit être utilisé à des fins pacifiques», a déclaré la société, dont les satellites sont cependant a priori sains et saufs, à environ 500 km d'altitude.

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