ACCUEIL | FLUX RSS
Jeudi 25 Avril 2019

CIEL&ESPACE - Publié le 30/03/2019 à 13:43


Des Américains sur la Lune en 2024? Pas simple


AFP

Depuis quinze ans, les Américains veulent remarcher sur la Lune, mais la Nasa ne croyait pas possible d'y parvenir avant 2028. Mardi, l'administration Trump a tranché: ce sera 2024, un objectif très incertain qui obligera l'agence spatiale à bouleverser ses habitudes et à prendre des risques.

Il y a quelques semaines, le patron de la Nasa disait que les Etats-Unis n'étaient plus dans une course spatiale, mais il a été forcé de changer de braquet après que le vice-président Mike Pence eut annoncé la nouvelle date et déclaré: "Nous sommes dans une course spatiale".

Jim Bridenstine dit désormais que l'accélération du calendrier de quatre années est "très ambitieuse" mais possible.

Experts et industriels disent aussi que c'est possible, mais ajoutent des astérisques, en fonction de leur spécialité: il faut davantage d'argent... moins de tests... davantage d'aide du secteur privé... voire un changement de têtes à la Nasa.

"J'imagine qu'il faudra davantage de crédits?", a demandé un parlementaire lors d'une audition au Congrès mercredi. "Oui", a répondu Jim Bridenstine.

La demande fait grincer des dents: la Nasa a déjà dépensé 23 milliards de dollars pour développer la fusée Space Launch System (SLS, construite par Boeing), la capsule Orion (Lockheed Martin) et les installations au sol. Le Congrès lui a redonné 4 milliards pour 2019.

Orion est quasi-prête. Le vrai goulot d'étranglement est SLS, qui sera plus puissante que les fusées des missions Apollo.

A l'usine Michoud de La Nouvelle-Orléans, le premier étage du premier exemplaire, censé voler en 2020, est en cours d'assemblage. Mais les quatre moteurs n'ont pas encore été livrés. L'étage devra ensuite être transporté à plus de 1.000 kilomètres par barge à St. Louis pour un test... avant d'être envoyé en Floride --à 1.600 km-- pour l'assemblage final.

Le vol-test de juin 2020 est d'ores et déjà "intenable", selon M. Bridenstine.

Certains tests pourraient être annulés pour gagner plusieurs mois. Mais cela va à l'encontre de la culture conservatrice de la Nasa, traumatisée par la perte des navettes Challenger (1986) et Columbia (2003).

"Est-ce qu'on veut tuer des astronautes? Car c'est comme cela qu'on tue des astronautes", s'exclame Holly Griffith, ingénieure travaillant sur la sûreté d'Orion, à Houston.

"Il n'y a aucune raison d'accélérer", dit-elle à l'AFP. "C'est ridicule".

- Alunir au pôle sud -

En réalité, il existe une raison politique: 2024 sera la dernière année d'un éventuel second mandat de Donald Trump.

"L'administration est frustrée depuis un moment", dit à l'AFP Greg Autry, vice-président de la National Space Society et ancien membre de l'équipe de transition présidentielle. "Il est évident que le président veut que cela se fasse durant son second mandat, s'il est réélu".

Mais pourquoi le retour sur la Lune est-il si lent, cinquante ans après le premier pas de Neil Armstrong?

M. Autry y voit l'obsession de la Nasa pour être "sûre à 100.000%" qu'il n'y aura pas d'accident.

Il plaide pour un "changement de culture" et la nomination de dirigeants issus du privé et habitués à respecter calendrier et budget.

Techniquement, la mission est sensiblement différente des voyages Apollo.

Cette fois, les Américains ne veulent pas seulement "planter un drapeau". Le but est de créer une infrastructure en orbite lunaire et au sol, et d'apprendre à extraire l'eau lunaire glacée, en guise de répétition des futures missions sur Mars qui dureront plus d'un an.

Des missions robotiques devront précéder pour assembler la station orbitale et livrer des équipements.

L'autre nouveauté est que les Américains veulent alunir au pôle Sud, où se trouve l'eau, au lieu de l'équateur comme auparavant.

"On ne part pas de zéro", dit à l'AFP Marshall Smith, qui s'occupe de l'appel d'offres pour l'atterrisseur, l'appareil qui descendra et remontera les astronautes depuis la station orbitale. Mais, répète-t-il, "ce sera un défi". Cet atterrisseur n'existe même pas encore en dessin.

L'accélération dépendra aussi de l'écosystème des sociétés spatiales, bien plus développé que dans les années 1960 et qui va être mobilisé comme jamais auparavant.

"Si on veut y arriver dans un temps aussi court, il faudra sans doute se faire aider beaucoup plus par l'industrie", prédit Thomas Orlando, directeur d'un centre de la Nasa à l'université Georgia Tech.

Soyez le premier à commenter cet article!

Laisser un commentaire

  • Maximum 250 caractères


Un incident sur la capsule de SpaceX pourrait retarder son premier vol habité
Vivre comme sur Mars? Une base ouvre dans le désert chinois
Découverte d'une particule fondatrice de l'univers
La Lune dans cinq ans ? La NASA entretient le mystère
Comment nettoyer l'espace des vieux satellites et débris spatiaux
Le monde admire pour la première fois un trou noir
Japon: la sonde Hayabusa2 tente de créer un cratère sur un astéroïde
Enfin une image d'un trou noir ? Réponse mercredi
Les débris du test antisatellite pas dangereux pour l'ISS, dit l'Inde
Votre voix sur Mars? Tentez le concours
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
Repérer les déchets plastiques marins par satellite
Un incident sur la capsule de SpaceX pourrait retarder son premier vol habité
Y-a-t-il une heure idéale pour faire de l'exercice ?
Sclérose en plaques : une molécule synthétique pourrait améliorer le quotidien des patients
Quels sont les facteurs qui dictent nos principes moraux ?
 LES PLUS LUS 
Les nuits lunaires plus froides que prévu, selon la sonde chinoise
Un dinosaure se défendant avec ses épines découvert en Argentine
Le jour se lève pour des panneaux solaires révolutionnaires
Une momie d'Equateur, clé pour savoir comment une grave maladie a atteint l'Europe
Le petit-déjeuner ne favoriserait pas forcément la perte de poids
Tout un défi de sauver la tombe de Toutankhamon du tourisme de masse
L'image que l'on a de son corps peut dépendre de l'entourage
Le Nord magnétique fonce du Canada vers la Sibérie
Le désert médical, un mal dont souffrent les Français des villes moyennes
Ouganda: saisie d'ivoire et d'écailles de pangolin, deux Vietnamiens arrêtés
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2019 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.062 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.