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Jeudi 25 Avril 2019

SCIENCE - Publié le 03/04/2019 à 00:00


Un abattoir à chatons fermé près de Washington


AFP

Pendant 36 ans, dans un laboratoire public près de Washington, plus de 3000 chatons et chats ont vécu dans un seul but : servir d'hôtes au parasite de la toxoplasmose, avant d'être euthanasiés, incinérés et oubliés.

Le programme n'était pas strictement secret, mais ce n'est qu'en mai 2018 qu'une association l'a révélé au grand public, alertant des élus du Congrès horrifiés et décidés à interdire la pratique.

Sous pression, le département de l'Agriculture a annoncé mardi avoir mis fin à l'utilisation de chats - et de chatons - par son Service de recherche agricole, à Beltsville, en banlieue de Washington. La mission scientifique, a argué le département, a été accomplie.

«Nous sommes tellement heureux que les chatons soient sauvés», dit Justin Goodman, vice-président du White Coat Waste Project, l'association qui, sous l'angle de la lutte contre la gabegie, milite contre l'utilisation d'animaux dans la recherche et a révélé l'existence de cet «abattoir à chatons».

Pendant les trois premières décennies, à Beltsville, les scientifiques ont fait manger à des générations de chats et chatons de la viande potentiellement contaminée par des parasites de la toxoplasmose, en guise de test sanitaire.

40 millions d'Américains sont sans doute infectés par le parasite, sans symptôme. Mais l'infection peut être très dangereuse pour les femmes enceintes et le foetus. Le meilleur moyen de l'éviter est de bien cuire la viande et de se laver les mains après avoir jardiné ou nettoyé la litière du chat.

Victoire pour les chatons

Ces parasites ne peuvent accomplir l'ensemble de leur cycle de vie que chez les chats, d'où l'intérêt des chercheurs.

Après les avoir nourris de viande contaminée, ils récupéraient leurs déjections pour confirmer la présence de toxoplasmose.

Ces dernières années, ils ne se servaient plus des chats pour tester la viande, mais seulement pour cultiver les parasites et faire des expériences.

Au bout de trois semaines, les chats étaient euthanasiés, même s'ils étaient devenus immunisés, en bonne santé et adoptables (le département argue qu'ils n'étaient pas adoptables, mais d'autres experts affirment l'inverse).

D'autres chats se voyaient inoculés avec diverses doses du parasite et mouraient à cause de l'infection.

En mars, un autre rapport de l'association White Coat Waste Project a fait l'effet d'une bombe : pendant une décennie, jusqu'à 2015, le service a acheté des centaines de chats et de chiens morts en Chine, au Vietnam, en Éthiopie, en Colombie et d'autres pays... afin de nourrir leurs chats et d'autres animaux de ces viandes-du «cannibalisme», selon l'association.

Rien n'unit plus républicains et démocrates au Congrès que la cause des animaux, et en quelques semaines, au moins soixante élus avaient cosigné une proposition de loi pour interdire au département de l'Agriculture d'utiliser des chats dans ses expériences (le «Kitten Act»).

«Les contribuables n'ont pas à financer les abus d'État contre les chatons», a déclaré mardi Matt Gaetz, un jeune républicain proche de Donald Trump. Il veut maintenant s'attaquer aux autres centres de recherche publics qui utilisent chiens, chats et autres animaux.

En particulier, deux centres de l'administration des Anciens combattants sont dans le viseur des parlementaires pour des expériences sur le coeur et la moelle épinière de chiens et de chiots.

Quant aux chats du département de l'Agriculture, aucun n'a été euthanasié depuis septembre 2018. Les 14 restants, non infectés, seront adoptés par des fonctionnaires.

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