ACCUEIL | FLUX RSS
Lundi 9 Décembre 2019

CIEL&ESPACE - Publié le 10/04/2019 à 17:18


Le monde admire pour la première fois un trou noir


AFP

Un rond sombre au milieu d'un disque flamboyant : pour la première fois dans l'histoire de l'astronomie, une équipe de scientifiques a révélé mercredi la véritable image d'un trou noir.

Présenté lors de six conférences de presse à travers le globe, le premier monstre cosmique à s'être laissé capturer a été débusqué au centre de la galaxie M87, à environ 50 millions d'années-lumière de la Terre.  

« Une distance qu'on peine à s'imaginer », admet le chercheur français Frédéric Gueth, astronome du CNRS et directeur adjoint de l'Institut de radioastronomie millimétrique (IRAM), partenaire des recherches.  

Les auteurs de cette magnifique aventure scientifique : une collaboration internationale baptisée Event Horizon Telescope (EHT), qui regroupe une dizaine de radiotélescopes et d'observatoires répartis autour du globe, de l'Europe jusqu'au pôle sud, en passant par le Chili et Hawaii.  

Combiner ces instruments comme s'ils étaient les petits fragments d'un miroir géant a permis aux astronomes de disposer, le temps de quelques observations, d'un télescope virtuel de la taille de la Terre, avec lequel « on pourrait lire, depuis New York, un journal ouvert à Paris », précise le chercheur.

« Jamais je n'aurais cru en voir un » 

La photo du trou noir, depuis si longtemps recherché, si souvent modélisé-et aussi fantasmé-fait l'objet de six articles publiés mercredi dans la revue Astrophysical Journal Letters. D'une dizaine de pages chacun, ils sont le fruit du travail d'environ 200 auteurs, de plus de 60 organismes scientifiques.

Car si on parle de trous noirs depuis le XVIIIe siècle, aucun télescope n'avait encore réussi à en observer un, encore moins d'en capter le portrait.  

« Jamais je n'aurais cru en voir un vrai de mon vivant », a déclaré à l'AFP l'astrophysicien CNRS, Jean-Pierre Luminet, auteur de la première simulation numérique d'un trou noir en 1979.  

Un trou noir est un objet céleste qui possède une masse extrêmement importante dans un volume très petit. Comme si la terre était comprimée dans un dé à coudre. Ni la matière ni la lumière ne peuvent s'en échapper, quelle que soit la longueur d'onde. Revers de la médaille : ils sont invisibles.  

Pour contourner ce handicap de taille, les astronomes ont donc cherché à observer le monstre par contraste, sur la matière qui l'entoure.

Fatigue, tension et bonheur

La première observation groupée de l'EHT date du 5 avril 2017.  Huit télescopes ont visé deux trous noirs : Sagittarius A* au centre de notre voie lactée et son congénère de la galaxie M87.  

« Pour que tout fonctionne, il fallait que le temps soit clair partout sur le globe », raconte Pablo Torne de l'IRAM, qui se souvient d'un mélange de fatigue, de tension et de bonheur.

« Statistiquement les chances étaient vraiment maigres... et pourtant ! », se remémore le chercheur qui a participé aux observations depuis la salle de contrôle du télescope de 30 mètres de Pico Veleta qui surplombe la Sierra Nevada espagnole.  

Trois autres observations suivront les 6, 10 et 11 avril.  

Et ensuite ? Huit mois de stress ! Lors de ce type d'opérations groupées, les observations se font à l'aveugle, les astronomes n'ont aucun moyen de savoir si cela a fonctionné.  

« Cadeau de Noël »

Il aura fallu attendre de débusquer un signal commun à tous les télescopes. Autant dire, dans l'Univers, une aiguille dans une botte de foin. Le tout dans les quatre petaoctets (4 millions de milliards d'octets) de données récoltées.  

« On attendait désespérément les données du South Pole Telescope (SPT). À cause des conditions extrêmes de l'hiver austral, elles n'ont pu être récupérées que huit mois après les observations », explique Helger Rottmann du Max Planck Institute for Radio Astronomy in Bonn.  

Le 23 décembre 2017, exactement. « Quand quelques heures après nous avons pu établir que tout fonctionnait, c'était un sacré cadeau de Noël », ajoute le spécialiste.  

Et signal corrélé ne veut pas dire image exploitable : plus d'un an de travail a été nécessaire pour retranscrire les données en photo. « Pour plus de sécurité, le travail a été fait quatre fois, par quatre équipes différentes », précise Frédéric Gueth, coauteur de deux des études.

Tous obtiennent la même belle image, un rond sombre sur un halo rouge : l'ombre du trou noir sur le disque de matière qui l'entoure.  

C'est finalement le trou noir de la galaxie M87, pourtant bien plus loin que Sagittarius A*, qui s'est avéré être le plus photogénique !

Soyez le premier à commenter cet article!

Laisser un commentaire

  • Maximum 250 caractères


Débris, constellations et satellites-espions: l'enjeu de la surveillance de l'espace
Titan, un monde de plaines, de montagnes et de lacs
La sonde spatiale japonaise Hayabusa 2 va entamer son retour sur Terre
Les prochains astronautes sur la Lune sautilleront moins
L'eau sur Mars s'est volatilisée il y a 3,5 milliards d'années
A Hawaï, un projet de télescope géant fait gronder le volcan sacré Maunakea
Le TMT, un télescope géant pour remonter aux débuts de l'Univers
Au fond d’une grotte, des astronautes s’entraînent pour l’espace
La Russie n’utilisera plus son robot Fedor pour des missions dans l’espace
Jour J pour la mission lunaire indienne Chandrayaan-2
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
Entrepôt high-tech pour livrer au plus vite du frais dans la ville qui ne dort jamais
La permaculture marine au secours des huîtres
Les espèces invasives apportées par l'Homme, l'autre menace pour l'Antarctique
Le poisson-clown n’a pas la capacité génétique de s’adapter
Une initiative inédite pour aider à protéger les tortues en Tunisie
 LES PLUS LUS 
Découverte d’une nouvelle espèce d’anguille électrique à haute tension
L’un des plus gros animaux volants de l’histoire identifié au Canada
La Russie n’utilisera plus son robot Fedor pour des missions dans l’espace
L'or ou l'eau: le dilemne que combattent les indigènes en Equateur
La prise d'une décision dépend de notre degré d'incertitude, affirment des scientifiques américains
Les premiers bus à hydrogène entrent en service en France
Cuir de poisson: quand de jeunes chimistes marient luxe et écologie
La plus grande étude d'ADN éclaircit l'origine des langues indo-européennes
Ablation de l'utérus : les femmes seraient plus sujettes à la dépression ou à l'anxiété après l'intervention
Découverte au Japon d'une nouvelle espèce de dinosaure
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2019 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.109 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.