ACCUEIL | FLUX RSS
Mardi 19 Novembre 2019

SCIENCE - Publié le 02/05/2019 à 01:08


Insectes, arbres ou coraux, des espèces vitales pour l'homme


AFP

Médicaments, pollinisation des cultures, régulation du climat... La nature rend aux hommes des "services" vitaux, menacés par le déclin accéléré de la biodiversité.

Bien souvent "les gens ne font pas le lien entre nature et sécurité alimentaire, eau potable, cohésion sociale...", regrette Bob Watson, président de la plateforme scientifique sur la biodiversité (IPBES), qui se réunit à partir de lundi à Paris. "Or la perte de biodiversité a des implications économiques et sociales (...) Et ce ne sont pas juste les grands animaux charismatiques qui comptent, mais bien le coléoptère, le ver de terre, la chauve-souris... qui sont la clé de voûte des écosystèmes".

. Notre assiette

Le premier service rendu par les insectes est la pollinisation des cultures. Quelque 1,4 milliard d'emplois et trois quarts des cultures en dépendent, selon une étude.

"En Amérique aujourd'hui, des gens transportent des millions d'abeilles d'un verger à l'autre pour polliniser pommiers, cerisiers, amandiers", note M. Watson. "Mais nous savons que la diversité importe autant que le nombre: un mix d'abeilles sauvages et domestiques sera plus efficace que les domestiques seules".

Le déclin des insectes entraîne aussi celui de leurs prédateurs: oiseaux, hérissons, lézards, amphibiens, qui protégeaient les cultures en éliminant limaces et chenilles. En moins de 30 ans, la chute des insectes en Europe (-80%) a contribué à faire disparaître plus de 400 millions d'oiseaux.

Grenouilles et autres amphibiens sont les plus menacés, se désespère le biologiste Gilles Boeuf à propos d'une perte patrimoniale irréparable: dans l'histoire de la Terre, "ils ont été les premiers à sortir de l'eau et à respirer, et on va perdre ça!"

Autre milieu en péril, les récifs coralliens protègent les côtes de l'érosion, et nourrissent les poissons, abritant 30% des espèces marines. Plus de 500 millions de personnes en dépendent directement.

. Notre santé

La moitié de nos médicaments sont issus d'espèces vivantes, végétales surtout, ou animales (marines pour l'essentiel).

L'étoile de mer, la pervenche de Madagascar, l'oursin ont contribué à la mise au point de chimiothérapies anticancéreuses. Une molécule issue d'un ver marin permet de préserver certains greffons...

Contre la pollution de l'air, la végétation filtre les polluants. A Shanghaï, les parcs ont permis de capturer 10% des particules fines, selon une étude. Un arbre peut piéger jusqu'à 20 kg par an de particules, selon une autre, de 2008.

De nombreuses recherches ont montré les liens entre nature et santé (allergies, maladies chroniques, psychologiques...). Aux États-Unis, plus de 100.000 citadines ont été suivies pendant huit ans: celles vivant à moins de 250 mètres d'un espace vert ont eu un taux de mortalité de 12% inférieur aux autres (cancers notamment). La Harvard Medical School a détaillé ces bénéfices de la nature en ville: moindres pollution, bruit, stress, îlots de chaleur, lumière...

. Notre eau

Plantes et micro-organismes contribuent depuis toujours à assainir les nappes.

Pour les villes, le Conseil économique et social français insistait récemment sur la remise au goût du jour de "solutions végétalisées alternatives à la gestion +tout tuyau+ des eaux pluviales". Ces procédés peuvent aussi réduire les inondations, premier risque naturel pour les communes.

"Aucune station d'épuration ne vaut un marécage bien vivant", confirme Gilles Boeuf.

. A évaluer? -

D'autres experts prônent d'évaluer ces "services" rendus gratuitement par la biodiversité, pour les rendre plus visibles. Des économistes les ont estimés à 125.000 milliards de dollars annuels, soit une fois et demie le PIB mondial. Exemple: la valeur de la pollinisation approche 200 milliards d'euros par an.

Selon l'étude sur l'Économie des écosystèmes (TEEB), publiée en 2010, l'érosion de la biodiversité coûte entre 1.350 et 3.100 mds par an.

Ce concept de "capital naturel" reste encore mal compris, reconnaissait récemment l'économiste Pavan Sukhdev, qui a dirigé ces travaux et préside aujourd'hui le WWF International.

"Il s'agit de trouver une raison rationnelle pour garantir que cette richesse publique soit conservée. PDG et dirigeants économiques ont le devoir moral de reconnaître ces +externalités+, de les mesurer (...) et les réduire". Mais de la théorie à la pratique, il reste un gouffre, admettait-il.

Soyez le premier à commenter cet article!

Laisser un commentaire

  • Maximum 250 caractères


Les ossements de 14 mammouths découverts au Mexique
Des fossiles donnent de précieux indices sur notre évolution vers la marche
Les animaux mâles sur-représentés dans les musées d'histoire naturelle
A Herculanum, des techniques de pointe révèlent la splendeur de maisons antiques
Une nouvelle espèce de crustacés découverte dans la gueule d'un requin-baleine
Aller sur la tombe de son maître ou garder son bébé mort... Quand les animaux font leur deuil
Un accélérateur de particules pour révéler les secrets de papyrus vieux de 2.000 ans
Veaux, vaches, cochons aux gènes édités? Entre grandes promesses et sérieux écueils
Le Nobel de médecine couronne la recherche sur l'adaptation du corps au manque d'oxygène
Du Big Bang aux exoplanètes: le Nobel de physique à deux Suisses et un Canado-Américain
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
La médecine traditionnelle chinoise doit être encadrée, selon les académies européennes
Vapotage: les autorités américaines pensent avoir percé le mystère des maladies pulmonaires
Les ossements de 14 mammouths découverts au Mexique
600 bouteilles de cognac remontées d'une épave centenaire en mer Baltique
Italie: une truffe blanche adjugée 120.000 euros à la traditionnelle vente d'Alba
 LES PLUS LUS 
Découverte au Japon d'une nouvelle espèce de dinosaure
Chine: après les chats, voilà les bars... à canards
Le monstre du Loch Ness: et s'il y avait anguille sous roche?
Antarctique: expédition écologique et éducative pour évaluer la pollution
La plus grande étude d'ADN éclaircit l'origine des langues indo-européennes
Un serpent à deux têtes découvert à Bali
Pérou: explosions et nuées de cendres depuis le volcan Ubinas
Planète: la seule issue se trouve sous terre, selon certains experts
Découverte d'une marche funèbre vieille de 550 millions d'années
Trois millions de dollars pour les auteurs de la première image d’un trou noir
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2019 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.055 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.