ACCUEIL | FLUX RSS
Samedi 20 Juillet 2019

SCIENCE - Publié le 14/06/2019 à 14:01


Les plus vieilles traces d'usage de cannabis découvertes en Asie centrale


AFP

Dans un cimetière perché dans le massif du Pamir en Asie centrale, l'air se remplit des notes d'une harpe ancienne, d'un fort parfum de genièvre et de l'odeur peut-être plus forte de cannabis. Nous sommes à une cérémonie en l'honneur des dieux - ou des morts - il y a 2500 ans.

Les rituels, reconstitués par des archéologues à partir de fouilles sur ce site dans la province chinoise du Xinjiang, représentent l'utilisation connue la plus ancienne du cannabis pour ses propriétés psychoactives.

La découverte, publiée mercredi dans la revue Science Advances, ajoute le cannabis à la pomme, aux noix et aux nombreuses cultures qui ont évolué au fil des siècles jusqu'à leurs formes modernes le long des Routes de la soie, dit Robert Spengler, le principal archéobotaniste ayant participé à l'étude.

«Les voies d'échanges des premières Routes de la soie fonctionnaient plus comme les rayons d'une roue que comme une longue route toute droite, ce qui plaçait l'Asie centrale au coeur de l'ancien monde», explique le scientifique, basé au Max Planck Institute for the Science of Human History, en Allemagne.

Une forme plus ancienne de cannabis dans l'est de la Chine était domestiquée par les humains pour son huile et ses fibres il y a 6000 ans: du chanvre. Mais ce chanvre n'avait pas les mêmes propriétés psychoactives.

Le site en question est le cimetière de Jirzankal, près de la frontière actuelle entre la Chine et le Tadjikistan.

Les archéologues ont découvert, dans huit tombes, un total de dix grands bols en bois contenant des pierres. Ces pierres avaient des traces de feu.

Le cimetière lui-même a des caractéristiques notables. Situé à plus de 3000 mètres d'altitude, sa surface est couverte de cailloux et pierres noires et blanches, qui forment de grandes bandes noires et blanches alternées. Des monts funéraires parsèment le paysage.

Hérodote en parlait

Les scientifiques ont analysé les bols en bois ainsi que les pierres brûlées grâce à une technique de chromatographie (spectrométrie de masse), habituellement utilisée par la police scientifique mais de plus en plus par les archéologues.

Le principe est que l'on sépare les composants chimiques pour les identifier au niveau moléculaire.

«À notre grande joie, nous avons trouvé les biomarqueurs du cannabis, et en particulier des composants chimiques liés aux propriétés psychoactives», dit Yimin Yang, coauteur et professeur à l'université de l'Académie chinoise des sciences.

Les molécules détectées étaient principalement du cannabinol (CBN). Le principal ingrédient psychoactif du cannabis, le tetrahydrocannabinol (THC), devient du CBN au contact de l'air.

La découverte de harpes angulaires, des instruments utilisés dans les funérailles, et la composition des bols en bois de genièvre, qui émet une forte odeur de térébenthine, finissent de compléter le tableau rituel: des gens rassemblés autour d'un épais nuage hallucinogène pour une célébration.

Mais qui étaient les morts? Les tombes enfermaient à la fois une personne apparemment morte de cause naturelle, et des corps portant les stigmates de coups, signes laissant suspecter d'éventuels sacrifices humains.

Des analyses ADN, en cours, permettront peut-être de savoir si les morts étaient de la même famille.

Deux théories pourraient expliquer l'apparition progressive, au fil des siècles, d'un cannabis de plus en plus concentré en THC.

Soit le cannabis a été méthodiquement sélectionné par des cultivateurs qui cherchaient à augmenter le taux de THC. La culture en altitude pourrait y avoir contribué, puisque l'altitude stresse la plante et augmente naturellement le niveau de THC.

Soit le cannabis a évolué par «hybridisation». La plante aurait évolué au fil des transports et échanges humains, favorisant les croisements entre différentes variétés.

Ces travaux, du reste, complètent un peu plus un vieux puzzle sur l'usage antique des stupéfiants.

Au Ve siècle avant notre ère, l'historien grec Hérodote avait décrit des habitants des steppes caspiennes se rassemblant sous une petite tente, où ils brûlaient des plantes dans un bol avec des pierres chaudes.

Il y a aussi la substance mythique du «soma» mentionnée dans d'anciens textes hindous, tout comme le «haoma» des zoroastriens.

«J'espère que nous avons relancé l'intérêt de l'étude de l'usage antique des plantes dans cette partie du monde», dit Robert Spengler.

Soyez le premier à commenter cet article!

Laisser un commentaire

  • Maximum 250 caractères


Égypte: ouverture au public de deux nouvelles pyramides
Le plus vieil Homo sapiens non africain a été retrouvé
Envie de musarder utile cet été ? Faites des sciences participatives
Une tête de Toutankhamon vendue à Londres malgré la colère de l'Égypte
2014, année charnière en Antarctique... mais on ignore pourquoi
Une gigantesque tête de loup vieille de 32.000 ans découverte en Sibérie
Les plus vieilles traces d'usage de cannabis découvertes en Asie centrale
Les poissons aussi ont des chagrins d'amour
Des gravures d'animaux datant de 12.000 ans découvertes à Angoulême
En Bolivie, ces tours funéraires pré-inca qui ont survécu au passage du temps
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
Le cerveau connecté de Neuralink testé dès l'an prochain, selon Musk
Australie : des plongeurs au secours d'une raie manta
Quand une mère orang-outan veut mettre les voiles, elle se gratte
Une solution contre la fonte de l'Antarctique ouest? Des canons à neige
Les Vikings ont rasé les forêts, l'Islande reboise à tout-va
 LES PLUS LUS 
Planète: la seule issue se trouve sous terre, selon certains experts
Une nouvelle espèce humaine découverte aux Philippines
Google ouvre son premier laboratoire d'intelligence artificielle en Afrique
A Cuba, les abeilles butinent heureuses et leur miel ravit l'Europe
Comment nettoyer l'espace des vieux satellites et débris spatiaux
La Lune dans cinq ans ? La NASA entretient le mystère
Les rideaux d'hôpitaux sont des nids à bactéries
L'activité physique pourrait aider à guérir d'une lésion de la moelle épinière
Un régime riche en viande accroît le risque de mortalité
Infarctus ne rime pas nécessairement avec arrêt maladie prolongé
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2019 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.088 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.