ACCUEIL | FLUX RSS
Mardi 26 Mai 2020

SCIENCE - Publié le 14/06/2019 à 14:01


Les plus vieilles traces d'usage de cannabis découvertes en Asie centrale


AFP

Dans un cimetière perché dans le massif du Pamir en Asie centrale, l'air se remplit des notes d'une harpe ancienne, d'un fort parfum de genièvre et de l'odeur peut-être plus forte de cannabis. Nous sommes à une cérémonie en l'honneur des dieux - ou des morts - il y a 2500 ans.

Les rituels, reconstitués par des archéologues à partir de fouilles sur ce site dans la province chinoise du Xinjiang, représentent l'utilisation connue la plus ancienne du cannabis pour ses propriétés psychoactives.

La découverte, publiée mercredi dans la revue Science Advances, ajoute le cannabis à la pomme, aux noix et aux nombreuses cultures qui ont évolué au fil des siècles jusqu'à leurs formes modernes le long des Routes de la soie, dit Robert Spengler, le principal archéobotaniste ayant participé à l'étude.

«Les voies d'échanges des premières Routes de la soie fonctionnaient plus comme les rayons d'une roue que comme une longue route toute droite, ce qui plaçait l'Asie centrale au coeur de l'ancien monde», explique le scientifique, basé au Max Planck Institute for the Science of Human History, en Allemagne.

Une forme plus ancienne de cannabis dans l'est de la Chine était domestiquée par les humains pour son huile et ses fibres il y a 6000 ans: du chanvre. Mais ce chanvre n'avait pas les mêmes propriétés psychoactives.

Le site en question est le cimetière de Jirzankal, près de la frontière actuelle entre la Chine et le Tadjikistan.

Les archéologues ont découvert, dans huit tombes, un total de dix grands bols en bois contenant des pierres. Ces pierres avaient des traces de feu.

Le cimetière lui-même a des caractéristiques notables. Situé à plus de 3000 mètres d'altitude, sa surface est couverte de cailloux et pierres noires et blanches, qui forment de grandes bandes noires et blanches alternées. Des monts funéraires parsèment le paysage.

Hérodote en parlait

Les scientifiques ont analysé les bols en bois ainsi que les pierres brûlées grâce à une technique de chromatographie (spectrométrie de masse), habituellement utilisée par la police scientifique mais de plus en plus par les archéologues.

Le principe est que l'on sépare les composants chimiques pour les identifier au niveau moléculaire.

«À notre grande joie, nous avons trouvé les biomarqueurs du cannabis, et en particulier des composants chimiques liés aux propriétés psychoactives», dit Yimin Yang, coauteur et professeur à l'université de l'Académie chinoise des sciences.

Les molécules détectées étaient principalement du cannabinol (CBN). Le principal ingrédient psychoactif du cannabis, le tetrahydrocannabinol (THC), devient du CBN au contact de l'air.

La découverte de harpes angulaires, des instruments utilisés dans les funérailles, et la composition des bols en bois de genièvre, qui émet une forte odeur de térébenthine, finissent de compléter le tableau rituel: des gens rassemblés autour d'un épais nuage hallucinogène pour une célébration.

Mais qui étaient les morts? Les tombes enfermaient à la fois une personne apparemment morte de cause naturelle, et des corps portant les stigmates de coups, signes laissant suspecter d'éventuels sacrifices humains.

Des analyses ADN, en cours, permettront peut-être de savoir si les morts étaient de la même famille.

Deux théories pourraient expliquer l'apparition progressive, au fil des siècles, d'un cannabis de plus en plus concentré en THC.

Soit le cannabis a été méthodiquement sélectionné par des cultivateurs qui cherchaient à augmenter le taux de THC. La culture en altitude pourrait y avoir contribué, puisque l'altitude stresse la plante et augmente naturellement le niveau de THC.

Soit le cannabis a évolué par «hybridisation». La plante aurait évolué au fil des transports et échanges humains, favorisant les croisements entre différentes variétés.

Ces travaux, du reste, complètent un peu plus un vieux puzzle sur l'usage antique des stupéfiants.

Au Ve siècle avant notre ère, l'historien grec Hérodote avait décrit des habitants des steppes caspiennes se rassemblant sous une petite tente, où ils brûlaient des plantes dans un bol avec des pierres chaudes.

Il y a aussi la substance mythique du «soma» mentionnée dans d'anciens textes hindous, tout comme le «haoma» des zoroastriens.

«J'espère que nous avons relancé l'intérêt de l'étude de l'usage antique des plantes dans cette partie du monde», dit Robert Spengler.

Soyez le premier à commenter cet article!

Laisser un commentaire

  • Maximum 250 caractères


Eruption du Vésuve: découverte d'un fragment de cerveau vitrifié
Les chiens savent catégoriser les mots, même prononcés par des inconnus
Des fossiles révèlent comment nos oreilles sont nées
Une nouvelle espèce de dinosaure, herbivore et court sur pattes, découverte en Equateur
Les orques ménopausées dopent la survie de leurs petits-enfants
Le poisson-clown n’a pas la capacité génétique de s’adapter
La dépouille du philosophe Montaigne vraisemblablement découverte
Égypte: découverte de momies d’animaux et de statuettes à Saqqarah
Les ossements de 14 mammouths découverts au Mexique
Des fossiles donnent de précieux indices sur notre évolution vers la marche
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
Les lampes à UV lointains, future arme antivirus dans les lieux publics?
Le manchot royal, producteur fécond de gaz hilarant
Durant la pandémie, les concerts continuent, dans des jeux vidéos
Le recul s'accélère en Afrique pour la forêt, mère nourricière des plus fragiles
Réchauffement: le niveau des océans pourrait monter de 1,3 mètre d'ici 2100
 LES PLUS LUS 
L'eau sur Mars s'est volatilisée il y a 3,5 milliards d'années
Un accélérateur de particules pour révéler les secrets de papyrus vieux de 2.000 ans
Un exosquelette connecté au cerveau permet à un patient tétraplégique de marcher
Le stress prénatal chez les futures mères pourrait nuire au développement cérébral de l'enfant à naître
Les prochains astronautes sur la Lune sautilleront moins
L'homéopathie ne sera plus remboursée par la Sécu en 2021
Le Nobel de médecine couronne la recherche sur l'adaptation du corps au manque d'oxygène
La pratique régulière du sport pourrait améliorer la santé cardiovasculaire à n'importe quel âge
Des baleines adaptent leur communication pour protéger leurs bébés
Une nécropole romaine exceptionnelle mise au jour à Narbonne
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2020 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.078 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.