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Samedi 17 Août 2019

PLANETE - Publié le 13/07/2019 à 15:51


Dans les Vosges, l'agonie rougeoyante des sapins mourant de soif


AFP

Des tâches rouges sur un tapis vert. De plus en plus de sapins des Vosges meurent sur pied, tués à vitesse accélérée par la sécheresse et la chaleur qui mettent en péril la forêt et obligent à réfléchir d'urgence à son avenir.

Cela pourrait évoquer l'été indien, quand la forêt se pare de jaune et de rouge. Sauf qu'en temps normal, sur les hauteurs de Masevaux, dans le Haut-Rhin, le vert des sapin domine la forêt tout au long de l'année. A présent, il suffit de pénétrer dans le bois pour découvrir des arbres aux épines couleur rouille, certains avec des pans d'écorce à terre.

Ces arbres meurent de soif, victimes de la sécheresse de 2018. La canicule précoce et le déficit hydrique de ce début d'été "accélèrent le mécanisme" et augurent du pire pour le printemps 2020, explique Cédric Ficht, directeur de l'agence de Mulhouse de l'Office national des forêts (ONF).

"On pense qu'on est au début du phénomène plutôt qu'au milieu", avec une fréquence accentuée de sécheresses importantes comme signe clair du réchauffement climatique, avertit le forestier.

Dès que la cime commence à rougir, l'arbre peut mourir en quelques semaines, puis les sapinières affaiblies font la joie des parasites.

"Je n'ai jamais vu la forêt comme ça", s'inquiète le maire de Masevaux, Laurent Lerch. Pour le natif de la commune, c'est "un crève-cœur", un patrimoine qui disparaît.

En six mois, 100.000 m3 de sapins ont séché sur la moitié sud du Haut-Rhin. En Suisse, les hêtres "ont déjà séché ou sont en passe de dépérir" sur une surface identique, a prévenu le canton du Jura.

- Tempête silencieuse -

Ces morts d'arbres disséminées sont "comme une tempête silencieuse" s'abattant sur la forêt, alerte Cédric Ficht.

Le vrombissement des tronçonneuses, suivi du bruit sourd de la chute, brise le calme de la nature. Cime nue et épines rougies, le sapin abattu était presque centenaire. Il aurait dû rester debout encore une cinquantaine d'années.

Les deux bûcherons en ont scié une vingtaine en une matinée. Et la rengaine se répète chaque jour, dans une course contre la montre pour tenter de tirer quelque chose de ces arbres morts avant qu'ils ne puissent finir qu'en bois de chauffage ou en palettes.

La commune de Masevaux, 4.000 habitants, dégage environ 100.000 euros d'excédent de l'exploitation de sa forêt. Cette année, le maire espère "au mieux" équilibrer ses comptes.

Avec, sur un semestre, l'équivalent de deux ans de coupe, "nos capacités de sciage ont été dépassées, le marché ne peut pas absorber ça", souligne Cédric Ficht.

Face à un marché saturé, une partie du bois est embarqué sur le Rhin, direction la Chine, et des aides de l'Etat sont espérées pour en transporter vers l'ouest de la France, en manque de bois de charpente.

- Scolytes à l'attaque -

Résineux très présents dans les Vosges mais encore plus en Allemagne, Autriche ou République tchèque, les épicéas, affaiblis par le manque d'eau, sont eux colonisés par les scolytes, des coléoptères creusant des galeries sous l'écorce et empêchant la sève de circuler.

Déjà 1,2 million de m3 en France ont été touchés en 2018, un volume qui pourrait tripler en 2019. "On n'a jamais connu une crise de cette ampleur là", explique Sacha Jung, délégué général de Fibois Grand Est, la fédération interprofessionnelle du bois. L'invasion est continentale: 60 à 80 millions de m3 d'épicéas en Europe ont déjà été infestés.

Les acteurs du secteur se mobilisent pour que les bois malades soient coupés en priorité, transportés rapidement en scierie et que des essences adaptées soient replantées afin d'éviter les friches.

Avec des arbres mettant 100 ans à grandir, la forêt doit déjà être adaptée aux conséquences du réchauffement climatique au siècle prochain. Épicéas et sapins se limiteront aux altitudes élevées, d'autres essences prendront le relais plus bas.

Dans la Meuse, des essais sont réalisés avec des hêtres poussant actuellement à la latitude d'Aix-en-Provence. A Masevaux, des tests sont prévus avec l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) de Nancy pour définir les essences les plus adéquates. "On pense au cèdre", indique Laurent Lerch. Mais "on ne va quand même pas aller jusqu'à l'olivier!", plaisante l'Alsacien.

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