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Samedi 4 Juillet 2020

PLANETE - Publié le 30/09/2019 à 13:56


Dans un laboratoire français, huîtres et bars confrontés au CO2


AFP

Des milliers de larves d’huîtres et des dizaines de bars exposés à des taux plus ou moins importants de CO2 : des expérimentations scientifiques menées dans le nord-ouest de la France témoignent de l’urgence de réduire les émissions de dioxyde de carbone.

Alignés en deux rangées, 18 cylindres transparents contenant chacun cinq litres d’eau de mer, circulant en flux continu, occupent l’une des salles du centre expérimental de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) d’Argenton, à la pointe du Finistère (Bretagne).  

Chaque cylindre renfermait au départ quelque 100 000 larves d’huîtres, des animaux considérés comme des sentinelles du changement climatique. Au bout de quinze jours, plus aucune larve ne subsiste dans certains bassins, tandis que dans d’autres, seules quelques dizaines d’animaux, de la taille d’un grain de sable, sont toujours visibles.  

C’est que l’eau a reçu des apports plus ou moins importants en CO2, ce qui a eu pour conséquence de l’acidifier à mesure que le pH diminuait. L’augmentation de dioxyde de carbone réduit en outre la concentration dans l’eau de carbonate de calcium, un minéral nécessaire au développement de la coquille des mollusques et à l’édification des récifs coralliens, déjà grandement menacés par le dérèglement climatique.  

Avec un pH de 8,1 soit le niveau moyen actuel dans les océans, les larves se développent comme elles le feraient dans le milieu marin. À 7,10, il n’en subsiste plus aucune.

Au bout de la lunette d’un microscope, quelques dizaines de larves tournoient faiblement dans une eau au pH de 7,6, quand d’autres sont immobiles, sans vie.  

« L’objectif de l’expérimentation est de voir à partir de quelle acidité les paramètres de vie et de performance des larves sont affectés », explique à l’AFP Fabrice Pernet, chercheur au laboratoire d’écophysiologie de l’Ifremer.  

Point de bascule

« Notre conclusion est que le point de bascule se situe à 7,6, c’est-à-dire qu’à partir d’un tel niveau d’acidification les larves ne se développent plus normalement », poursuit l’expert.  

Dans un autre laboratoire breton de l’Ifremer, à Plouzané, aux portes de Brest, des chercheurs mènent une expérimentation similaire depuis cinq ans, mais sur des bars.  

« Ici aussi nous reproduisons des environnements acides en fonction des scénarios qui sont prévus par le Giec », le groupe d’experts de l’ONU sur le climat, explique David Mazurais, chercheur en physiologie du poisson, en montrant trois bassins où évoluent des bars dans de l’eau à des pH de 8,1, 7,8 et 7,6.

« On a noté un effet du pH sur la qualité des œufs et sur la reproduction », assure le chercheur. Le comportement de nage de ces poissons d’intérêt halieutique et écologique subit également un impact dans une eau acidifiée, selon lui. « À un pH normal ils nagent en banc, à un pH de 7,6 la nage est plus désordonnée, du fait probablement d’une perturbation de leur perception sensorielle », note-t-il.

Le groupe d’experts climat de l’ONU (Giec), qui a averti cette semaine à l’issue d’une réunion marathon de cinq jours à Monaco de l’urgence de réduire les émissions de CO2 pour tenter de limiter les effets dévastateurs du changement climatique, prévoit un pH de 7,6 d’ici à 2100 pour les océans.

« Mais nous y sommes déjà ! » assure Fabrice Pernet. « On a l’impression que l’acidification des océans c’est pour dans 100 ans, mais on l’observe déjà dans les zones côtières », met-il en garde, alors qu’une sonde placée depuis trois ans dans une zone ostréicole de la rade de Brest mesure déjà l’été par moments de tels niveaux de pH.  

« Est-ce qu’il y a un risque pour la reproduction et la survie des animaux marins avec une telle acidification ? La réponse est clairement oui », conclut le scientifique.

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